THE OWNERS

par Heolruz

Ce n’est peut-être pas un mot au sens aussi positif que l’on puisse imaginer. C’est un mot qui est finalement propre au domaine professionnel, qui fait partie intégrante de tout un corpus lexical propre au langage presque financier. C’est aussi un anglicisme, peut-être plus ancien et mieux intégré que d’autres mots de nos jours. Néanmoins, je ne vais pas retourner à la définition originelle qui est plus offensive, plus accusatrice même si on va le voir, nous allons en retrouver des brides. Et puis comme c’est un mot ancien, il a évolué et pris des sens et des connotations différentes qui ont évolué. Je vais donc prendre le sens de la saisie d’une opportunité, de l’ambition, un sens assez louable. Et je vais vous proposer un film qui s’intéresse aussi à ces tentatives de réussir. Parce qu’après le challenge, c’est espérer parvenir à un but. 

Pour ce film, nous nous rendrons au Kazakhstan : un pays qui est très peu connu même géographiquement et historiquement, et donc encore moins du point de vue cinématographique. Même si Adilkhan Yerzhanov, le réalisateur de ce film, commence à être quelque peu reconnu avec par exemple deux de ses films présentés à Cannes en 2014 puis en 2018. Nous nous intéresserons au premier, The Owners (2014) au travers du prisme de l’opportunité, du challenge. 

Deux frères et leur sœur ont perdu leur mère et sont contraints de quitter leur logement en ville pour rejoindre une demeure que possédait leur mère dans un village du Kazakhstan. Le logement est rudimentaire, mais les trois protagonistes espèrent pouvoir faire leur vie ici. C’est sans compter sur l’agissement d’un homme véreux qui tente de récupérer cette maison pour son profit. C’est un bref résumé puisque le film fait à peine une heure trente et il convient de sortir un peu du scénario pour être un peu plus surpris (et très agréablement) par ce film. (plutôt écrire : il convient de sortir un peu du scénario pour être (très agréablement) surpris).Tout d’abord, c’est une critique du clientélisme qui sévit dans les provinces kazakhs. À la chute de l’URSS ce pays s’est retrouvé à gérer, sans les institutions soviétiques, un immense territoire. Face au manque de moyens dans les services publics et notamment judiciaires, des véritables « gangs » ou « mafias locales » se sont mises en place et se sont mises à gérer des petits territoires et des domaines particuliers. Là où John (Aidyn Sakhaman), Yerbol (Yerbolat Yerzhan) et Aliya (Aidyn Sakhaman) (la fratrie) se retrouve à espérer, iels se confrontent à un environnement hostile où finalement les enjeux personnels sont très important dans une misère qui touche toute la population. C’est une véritable peinture sociale que nous propose Adilkhan Yerzhanov avec des personnages excentriques qui font basculer ce film dans une douce folie. Cette folie au sens littéral se mélange dès lors avec des péripéties tragiques, et même lorsque de nouvelles opportunités se forment, le système kazakh par son échec inhérent les brises. Les scènes de rencontre avec l’autorité judiciaire dans des couloirs délabrés sont parlantes. Finalement ce mélange tragique, cette excentricité mêlée à une prise d’image magnifique, nous permet de savourer un très beau film. Ce n’est pas un hasard, ce réalisateur est déjà connu pour la qualité de son travail et des scènes qu’il propose. J’ajouterais que les couleurs ont presque une valeur symbolique : elles sont tantôt jaunes tantôt rouges, elles sont mises en avant si bien (plutôt écrire : et elles sont si bien mises en avant,) qu’elles apportent une lecture encore plus grande de ce que l’on voit à l’image. Pour finir sur ce film et Adilkhan Yerzhanov, j’ajouterai qu’il faut voir aussi ses autres films qui ont maintenant l’avantage d’être proposé sur le marché anglophone et dans les festivals occidentaux (en plus des festivals asiatiques). Comme par exemple La tendre indifférence du monde (2018) et A Dark, Dark Man (2020). 

Pour ce numéro et en relation avec la notion de challenge, je trouve que le domaine du court-métrage se propose plus facilement. Il possède une activité cinématographique importante avec beaucoup d’œuvres expérimentales. C’est en tout cas l’impression que l’on a lorsque que l’on regarde et entend Moonchild (2018) de Julia Artamonov ou encore à travers ce ballon de baudruche qui traverse Paris dans les années 1950 et qui semble se lier d’amitié avec un petit garçon : Le ballon rouge (1956) d’Albert Lamorisse.  

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