INTERVIEW DE STEWOOD

Artiste multidisciplinaire, Stewood est à la fois photographe, artiste plasticien et chanteur. Rencontre ce créateur bordelais.


J’ai commencé par faire de la photo en amateur, je me suis ensuite tourné vers la musique, j’ai composé quelques chansons. Je ne me considère pas comme un grand chanteur mais plutôt comme quelqu’un qui adore faire des chansons. J’aime trouver la mélodie et écrire les paroles. Je me considère pas vraiment comme un peintre, je trouve ça un peu prétentieux. Je fais des collages à base de peinture acrylique. Je suis exposé à Ekko Galerie à Bordeaux depuis bientôt deux ans et c’est une grande fierté, parce que je ne pensais pas arriver à ce stade. J’ai tout appris par moi-même en autodidacte.

Je me retrouve là, à parler de moi et de mon travail, qui pour moi n’est même pas un travail puisque c’est plutôt une passion. C’est ce qui me sauve au quotidien, de toujours créer quelque chose.

TACK : Comment est venue cette envie de faire de la pratique artistique, en commençant par la photographie ?

C’est quand j’étais très jeune, mon père avait un appareil photo argentique à l’époque, et je voulais toujours l’utiliser. J’adorais les photos, être à la fois celui qui est pris en photo, le modèle ou le photographe. Très rapidement, j’ai eu mon premier appareil photo à l’âge de 14 ans, j’avais mes meilleures ami.e.s et je les faisais posés comme des stars. C’était de la photo artistique.

Tu évoques cet aspect de starification, c’est un élément récurrent dans tes œuvres ? C’est très présent dans tes photographies, qui mettent en valeur tes modèles, ou par rapport au collages que tu réalises, qui reprennent les éléments de couvertures de mode ou de pop-culture cinématographique.

C’est vrai que ça me fait toujours rêver le monde d’Hollywood et le monde des paillettes, tout en sachant que ce n’est pas si rose. Je trouve que le monde des stars est rattaché à notre identité, ça fait partie de nous, qu’on aime ou non certaines chansons ou certains films. Je remarque surtout cela dans mes collages, je me retrouve à composer des éléments de films ou de séries que je n’aimais pas il y a dix ans, mais qui sont restés cultes.

Est-ce que tu as des références par rapport à certains artistes ? Par exemple, on retrouve beaucoup d’inspirations du pop-art dans tes collages.

C’est voulu, j’adore la pop-culture et le pop-art. J’ai besoin de couleurs, que ça détonne. J’ai besoin que le résultat parle de lui-même. Pourtant, j’ai pas de référence d’artiste, je ne suis pas basé sur un modèle. Et d’ailleurs, c’est pareil pour mes chansons. Je pars toujours d’une idée et j’essaye. Je tente des choses différents, il y a des tas de créations que j’ai fait, dont j’étais pas satisfait et que j’ai pas montré, parties directement à la poubelle.

J’aime créer, et je déteste copier ou m’inspirer. Si j’ai des inspirations, c’est plus en moi et ça vient naturellement.

Concernant la photo, toujours dans cette volonté de de starification, on peut avoir l’impression, dans le choix des prises de vue, des angles, des choix de cadrages et de pauses, que les clichés s’inspirent de ceux pris par les paparazzis. Est-ce qu’il s’agit d’une ressemblance consciente ?

C’est vrai que quand je fais un shooting photo avec un.e modèle, je prends beaucoup de photos et quand je fais la sélection, je choisis la photo qui n’était pas forcément posée et qui peut sous-entendre qu’elle a été volée. En fait, j’aime capter le moment ou le geste inattendu, qui donne une dimension différente à la photo. J’ai fait beaucoup de voyages, j’ai fait des photos de paysages mais ça m’ennuie. J’aime le fait de prendre une personne en photo, parce que cet instant, il est unique. Je trouve cela hyper intéressant de mettre en valeur le modèle. Tout le monde mérite d’être beau. J’adore la réaction des gens quand ils voient en photo, et qu’il sont contents du résultat, c’est une petite fierté et ça me donne envie de continuer. J’aime bien ce travail avec les modèles : au début, ils sont très timides, ils n’osent pas bouger, et après ils sont à l’aise. Et puis dans la photographie, il y a également ce qui vient après la séance de shooting, il y a les retouches, la sélection… c’est du temps.

Comment est-ce que tu es venu à cette transition entre les arts visuels et la musique ?

Des chansons, j’en fais depuis tout petit. Je faisais des chansons sans musique, et après je rencontrais les bonnes personnes qui me composaient les instrumentales. Je suis pas un musicien, je trouve la mélodie, je trouve les paroles. De nos jours, c’est tellement facile de proposer notre musique sur les réseaux, sur YouTube… Du coup, j’ai développé un univers visuel autour de mes compositions avec des clips. Je ne savais pas faire, j’ai appris sur le tas, ça fait une dizaine d’années que j’ai fait mes premiers montages. Maintenant, je trouve que ça va de soi : le clip, c’est le petit film qui porte la chanson.

C’est difficile de te caractériser dans une catégorie, comment est-ce que tu qualifierais ton style musical ?

Le seul style, c’est ma voix et ma mélodie mais j’aime tous les genres de musique. En France comme partout, on aime bien classer les styles de musique, moi je me considère plus comme un chanteur de variété, mais quand on fait référence à la variété, on a tout de suite en tête les vieilles chansons. Pour moi, la variété, j’associe cela à de la pop. Pour me qualifier entièrement, je dirais que je fais du pop-rock-électro.

Ces morceaux ont-ils un message ? Une certaine vision engagée ?

J’ai envie de faire rêver les gens. Je pense qu’après tout ce qu’on a vécu (la crise sanitaire, économique, sociale et écologique, ndlr.) les gens ont envie de s’évader et de penser à quelque chose : je parle d’une plage qui fait rêver, je parle du cowboy de ta nuit, d’une pop star de trottoir… c’est des sujets pas prises de tête qui peuvent parler à tout le monde. J’ai mes idées, mes convictions mais je ne souhaite pas forcément les mettre en avant. L’idée c’était surtout de proposer quelque chose d’assez léger. En même temps, c’est très dur d’écrire en français sans tomber dans la niaiserie, j’espère avoir réussi à proposer un bon mélange.

Comment est-ce que tu arrives à jongler entre différents styles d’expression : la musique, les collages et la photographie ? Est-ce que c’est facile d’arriver à produire quand on a autant de choix de médiums ?

Il faut savoir que ce n’est pas mon métier, je suis agent administratif dans une entreprise, j’ai du temps pour faire ce que j’aime et je n’ai aucune obligation. Je n’ai pas la pression d’un artiste qui doit livrer constamment, Je ne suis pas connu. Je me fais plaisir avant tout, je me lève et je me dis qu’aujourd’hui je pourrais faire un peu de musique, ou je pourrais tenter un tableau, un collage. Il y a quand même toute une phase de jeu avec la pré-production, c’est la réflexion avant la réflexion. Pour les photos, forcément il y a besoin de préparer, de trouver le modèle, d’avoir des idées de mises en scène, de décors… Lorsqu’il s’agit de tableaux, j’ai plein de magazines pour m’inspirer, je découpe les photos qui me parlent, qui me semblent cultes. Avec la période que l’on vient de vivre, heureusement que j’ai pu m’exprimer pour m’évader. Pour moi, l’art c’est une bulle de liberté.

Est-ce que tu tentes souvent de rebondir entre tes différentes pratiques artistiques ? Tu essaies de les faire correspondre chacune entre elles ?

Le seul lien, c’est moi. Après, je n’ai encore jamais fait de collages de mes propres photos, c’est dans un coin de ma tête. L’album « Boulevard », que j’ai produit depuis six mois, c’est un aboutissement et une expérience qui m’a permis de mixer mes différents arts. J’ai fait, à la fois les chansons, mais j’ai aussi préparé trois clips avec Camille Rapin : il est modèle, assistant, caméra-man, on fait ça en tandem. Dans un de mes clips, j’ai filmé un de mes tableaux, et dans la pochette de l’album, j’ai pris une photo d’un de mes modèles. Donc finalement, les trois arts se rejoignent dans ce projet.

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