Beta Ray Bill : 

QUAND UN PERSONNAGE SE HEURTE À SON IDENTITÉ : BETA RAY BILL

Beta Ray Bill est un personnage secondaire de l’univers Marvel. Allié de Thor et protecteur galactique, il n’a pourtant jamais bénéficié d’un réel traitement narratif. L’auteur Daniel Warren Johnson s’est essayé à la caractérisation du personnage, entre tragédie intime et récit épique.

« Je veux être beau à nouveau »

Introduit en 1983 par le scénariste Walter Simonson dans le numéro 337 du comics Thor, l’extra-terrestre à tête de cheval Beta Ray Bill fut imaginé pour créer l’effet de surprise auprès des lecteurs. Les aficionados du héros nordique découvrent ce nouveau protagoniste, vêtu de l’armure du protecteur d’Asgard en couverture. Il prend rapidement une place prépondérante dans le récit, lorsque celui-ci réussit à soulever le marteau légendaire Mjolnir lors d’un affrontement contre Thor. Beta Ray Bill devient temporairement Dieu du tonnerre, sidérant les spectateurs, médusés de voir leur super-héros favori remplacé par un illustre inconnu. L’histoire de Beta Ray Bill est ensuite développée dans les numéros suivants : modifié génétiquement pour devenir le défenseur du monde Korbinite, le héros échoue face au démon Surtur qui ravage sa planète, et le pousse à partir en exil. Déchu, l’extra-terrestre parcourt la galaxie pour prouver sa valeur.

Le protagoniste n’a pas bénéficié d’un réel développement en quarante ans, bien que présent dans certains des comics de la maison d’édition Marvel, il reste relégué au rang de personnage secondaire. Ce constat est révolu, grâce à l’auteur Donny Cates qui introduit une dualité entre Thor et Beta Ray Bill dans sa série parue en 2020. Au cours d’une violente confrontation, le dieu nordique brise Stormbreaker, l’arme bénie du pouvoir d’Odin, qui permettait au Korbinite de revêtir une forme humanoïde, faisant disparaître son physique disgracieux. Privé de sa transformation, Beta Ray Bill doit conserver sa tête de cheval ; de cette problématique scénaristique se construit le récit écrit et dessiné par Daniel Warren Johnson. Beta Ray Bill : étoile d’argent raconte le périple de l’extra-terrestre pour quérir un pouvoir lui permettant de recouvrir une forme « normale ». Au-delà de la recherche d’un artefact, l’histoire présente une quête initiatique sur l’acceptation de soi et la recherche d’identité. Comme l’explique le héros face à Thor, avant de partir pour l’aventure : « Je dois apprendre à me connaître moi-même. Et trouver Odin… Il me faut un nouveau marteau. Un marteau comme Stormbreaker… Je veux être beau à nouveau. »

Si la poursuite du bonheur pour les super-héros rejetés, considérés comme laids, est une thématique récurrente, partagée par Ben Grimm/La Chose des 4 Fantastiques, Daniel Warren Johnson insuffle à Beta Ray Bill des propos plus subtils autour de la masculinité, de la normalité et de la gestion des traumatismes. Le protagoniste est confronté à son passé, notamment à sa lourde opération particulièrement douloureuse lors de laquelle il fut lésionné et défiguré pour lui insérer des systèmes cybernétiques. Ce dévouement fut pourtant vain, impuissant face à la dévastation de son monde, détruit par les flammes du démon Surtur. Le héros doit pourtant triompher de cette créature démoniaque pour obtenir l’objet qu’il convoite : Crépuscule, une épée puissante lui permettant de retrouver sa forme humanoïde. Le récit s’attache à nous faire comprendre que la problématique autour de son corps est secondaire, vis-à-vis de son estime personnelle. Beta Ray Bill est tourmenté, son mal-être profond transparaît continûment au sein des planches et des dialogues, comme lors d’un flash-back en compagnie de sa mère : « Je t’aimerai quoi qu’il arrive… Quelle que soit ton apparence. Je vois le Korbinite… Le brave guerrier que tu es à l’intérieur. Tu as sacrifié ton corps pour ton peuple et ta famille. Mais je vois aussi ton cœur brisé… Et cela fend le mien. »

À propos de la bagarre

Au-delà de la caractérisation du personnage, dépeinte dans l’œuvre de Daniel Warren Johnson, c’est l’esthétique visuelle et le dynamisme des planches qui détonne pour offrir des compositions spectaculaires. L’artiste multiplie les cadrages improbables, les angles de vue impactants et étale ses visuels sur des grands formats pour faire respirer son art. Il n’hésite pas à mettre en pause le récit pour proposer des double pages d’illustrations complètement renversantes. Ces grandes planches prolongent les moments contemplatifs, avec des plans de coupe sur le vaisseau du Korbinite ou des grands panoramas disproportionnés. Chaque case fourmille de détails et de minutie dans le trait, avec un soin tout particulier sur la représentation des créatures et des technologies. La précision apportée dans chaque élément offre un rendu organique aux illustrations : des tentacules visqueuses de chimères démoniaques aux méandres d’un vaisseau spatial, les dessins de Daniel Warren Johnson donnent vie dans une énergie saisissante à l’univers de Beta Ray Bill.

L’auteur dispose d’une patte unique pour représenter son action, chaque mouvement est découpé pour donner un impact à la violence des coups, les combats deviennent puissants grâce aux lignes de fuite et à une utilisation des trames particulièrement efficaces. L’esthétique visuelle aux allures de cartoon permet de jouer avec les proportions et les éléments exagérés pour procurer une sensation de grandeur et de grandiose. Le chara-design des personnages est réussi, notamment pour l’intelligence artificielle à forme humaine Skuttlebutt dont les inspirations rappellent l’androïde du film Metropolis de Fritz Lang. Les influences visuelles évoquent les récits punk, avec un bestiaire d’ennemis typique des années 80, Beta Ray Bill affronte des motards dans des pubs mal famés et des fanatiques de Surtur, dont le design ressemble aux pillards psychotiques de Mad Max.

Au terme de ce périple épique qui tient en haleine, avec un rythme intense étendu sur l’intégralité du récit, le lecteur apprend à se familiariser avec Beta Ray Bill et son groupe de comparses : Skuttlebutt, Skurge, le mercenaire revenu du Valhalla et Pip le petit troll, chaque protagoniste brille par ses morceaux de bravoure et d’héroïsme. Le petit groupe devient rapidement attachant, et on se surprend à suivre l’évolution de leur caractérisation au fil des pages.

Beta Ray Bill : étoile d’argent est un véritable OVNI à découvrir au plus vite, l’action ininterrompue et les scènes de combat restent en mémoire longtemps après la lecture. Les thématiques du héros déchu qui se confronte à son identité sont fascinantes, et laisse présager un futur glorieux pour Beta Ray Bill.

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