Entre le ciel et l’enfer – Kurosawa Akira

Article écrit par Heolruz

Dans ce volume sur le noir et blanc les opportunités sont nombreuses dans le cinéma et ce registre n’a pas été oublié après le passage à la couleur ce qui permet d’avoir un répertoire large et surprenant. Malgré tout j’ai choisi une œuvre d’un réalisateur très connu, il s’agit d’Akira Kurosawa. Je me dois de faire un petit passage sur sa vie pour comprendre l’héritage qu’il laisse au travers de son cinéma. 

Akira Kurosawa est né en 1910 à Tokyo dans une famille aisée, son père issu de la tradition samouraï donne à ses enfants une éducation rigoureuse basée sur l’effort physique mais surtout une éducation aussi autour de la culture occidentale et plus particulièrement celle du cinéma. Issu d’une famille nombreuse, Akira Kurosawa va se rapprocher d’un de ses frères qui travaille comme benshi (compteur, raconteur, de films muets) tandis que lui se destine à une carrière de peintre suivant les techniques et les savoirs occidentaux. Malheureusement il échoue dans cette vocation, son frère rencontre lui aussi des difficultés financières et met fin à ses jours avec sa compagne en 1933. Akira Kurosawa fut très marqué par cette expérience d’autant plus qu’il perd un second frère aîné quelque temps plus tard. Suite à cela il tente sa chance comme assistant réalisateur dans les studios cinéma et est recruté chez le futur Toho dans lequel il gravit les échelons petit à petit et où il se fait remarquer par un réalisateur influent Kajiro Yamamoto. Ses premiers films sont diffusés pendant la seconde guerre mondiale et à l’issue du conflit Akira Kurosawa doit faire face à la censure américaine sur les œuvres japonaises. Il rencontre de nombreux succès avec l’Ange Ivre (1947) où explose à l’écran Toshiro Mifune, celui qui devient l’acteur fétiche d’Akira Kurosawa. Suit Les 7 samouraï oeuvre nationalement et internationalement reconnue puis Vivre dans la peur et Les salauds dorment en paix, bien entendu ce ne sont pas les seules, la filmographie d’Akira Kurosawa est très fournie et on peut diviser son cinéma en au moins deux catégories même si il existe des sous catégories spécifiques. D’un côté nous avons le cinéma spectacle et de l’autre plus personnel. D’un côté nous avons les œuvres sur des thèmes plus historiques, sur les guerriers du passé, tandis que de l’autre nous avons des œuvres plus actuelles, qui critiquent les penchants de la société, les lancements des bombes atomiques dans le pacifiques et les répercussions de la peur du nucléaire (Vivre dans la peur – 1955). Cependant bien que ce soit deux genres différents, les films que proposent Akira Kurosawa et Toho ont toujours des buts commerciaux. Bien qu’à partir des années 1960, le studio propose à Akira Kurosawa, de fonder sa compagnie et de participer aux financements de ses films pour s’émanciper des contraintes qui peuvent peser sur le scénario. Il rencontre deux premiers succès avec Yojimbo (1961) et Sanjuro (1962), c’est ainsi dans ce contexte en 1963 que sort Entre le ciel et l’enfer. C’est un film dont le scénario s’inspire de d’un des romans d’Ed McBain, Rançon sur un thème mineur. On retrouve déjà là la relation entre les aspects de la culture occidentale sur trois plans, le premier à titre personnel pour Akira Kurosawa, le second sur l’influence des Etats-Unis et de la culture qui est transmise au Japon à cette époque et enfin en troisième lieu le rôle des scénaristes (Hideo Oguni et Ryuzo Kikushima) et des décors puisque l’on retrouve une esthétique occidentale dans la demeure du personnage principal.

On débute ainsi le film presque dans un huis-clos, une scène de 56 minutes tournées dans une seule pièce. Toute l’intrigue se développe dans une pièce, les allées et venues introduisent des personnages et une ambiance particulièrement pesante, on a l’impression d’étouffer dans cette pièce orientée plein sud où les rideaux sont tirés et une chaleur semble peser dans l’atmosphère. Les enjeux moraux apparaissent rapidement sans qu’on en sache bien trop sur les personnages antagonistes, il s’agit d’un thriller même si ce film nous interroge sur bien plus de points. Toutes les œuvres cinématographiques ne peuvent pas être analysées socialement de la même manière mais il faut reconnaître pour une grande partie que ce sont des formidable objets géographiques et sociologiques. 

Il y a une autre particularité, ce n’est pas un film à 100% noir et blanc, il y a une scène très courte où de la couleur rose apparaît sortant d’une cheminée. C’est un moment clef et on peut saluer l’audace et imaginer la surprise dans ce décor très lumineux où les couleurs sont très puissantes et singulières. On se situe alors encore surplombant la ville, les habitations, les individus inconnus qui grouillent comme l’usine et les employés qui travaillent pour l’entreprise de chaussures. Dès ce moment s’engage une course contre la montre où les deux mondes vont se rencontrer. 

On peut revenir sur le titre du film qui en français nous donne Entre le ciel et l’enfer qui est intimement lié aux destins des personnages entre critique des conditions sociales où les personnages qu’ils soient riches ou pauvres sont extrêmement bien écrit. La complexité des personnages et les liens avec les liaisons entre le ciel et l’enfer permettent à chaque personnage d’acquérir un destin particulier mais où la distance qui les séparent est grande. Le point de rencontre dans la marré humaine de la ville, dans les festivals, les bars et les dansent puis dans les bas-fonds où la misère se retrouve sous la terre, invisible jusque là. La rencontre est troublante, les policiers se heurtant à l’infortune des gens. On aura eu dans ce film vu un véritable voyage, nous avons descendu le promontoire sur la ville pour se rendre en train vers la mer puis nous sommes allés dans la ville, dans l’usine puis dans les lieux de festivités et les endroits en marge, les pièces sombres et reculées. Le film se termine enfin entre la rencontre du personnage principal, Gondo et l’antagoniste. Une discussion qui marque Gondo durement. 

En somme on peut  s’interroger sur ce film et se demander si ce n’est pas l’un de ses films les plus réussis, à mon avis c’est sur le plan technique peut être le plus réussi, scénaristiquement tout autant. Malgré cela, la folie apportée par les rencontres au cœur des bars où l’on écoute de la musique américaine et on se rend compte à quel point ce film permet une analyse géographique de la ville japonaise en 1963. La société se divisant entre une réussite industrielle basée sur une optimisation des moyens de production inhérente au capitalisme où l’exploitation des travailleurs les maintient dans la pauvreté. Les espoirs d’une société où la culture américaine s’étend dans les foyers, les lieux de sociabilité et les interactions avec celle-ci. On peut noter l’importance du train, les plans sur la rame automatique qui semble être le shinkansen de série 0 qui a été mis en service en 1964 ce qui est troublant puisque le film est sorti en 1963 ce n’est pas anodin, il a jouer un rôle extrêmement important dans les liaisons des régions et des territoires au Japon. Permettant l’essor de nombreuses activités, la mobilité grandissante des individus. 

Enfin comme court métrage je vous propose La Jetée (1962) de Chris Marker, il fallait une oeuvre qui s’accordait bien avec Entre le ciel et l’enfer par conséquent dans celle-ci on observe après une catastrophe nucléaire comment s’organise la vie des humains, contraint à vivre sous la terre dans des souterrains. Ce qui nous rapproche dans le thème du film d’Akira Kurosawa Vivre dans la peur (1955).. 

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