49 jours

par Galit

Entendons-nous bien : je ne crois pas avoir jamais été quelqu’un de spécialement néfaste. Mais quand je songe à ce qu’est mon existence, le premier mot qui me vient à l’esprit est « futilité ». Comme beaucoup de gens de mon espèce, j’attends tout du monde et je pense ne rien lui devoir. En fait, vous savez quoi ? Il m’arrive souvent, ces derniers temps, de me demander si je ne suis pas mort que par hasard ? Si le destin ne s’est pas montré un brin ironique en arrêtant son doigt sur moi.”

Qu’est-ce que la mort si ce n’est une nouvelle aventure ? J’aurais pu prendre des écrivains plus connus pour parler du thème de la mort. Mais à la place, j’ai choisi un contemporain, Fabrice Colin (1972 -) que j’ai découvert avec Bal de givre à New York (2011), parce que la façon dont il traite l’au-delà est le plan central de ses histoires. Dans le premier tome du diptyque La dernière guerre (2012-2013), l’auteur nous plonge dans un récit à la première personne où nous suivons Floryan, 17 ans. Le protagoniste va découvrir ce qui se cache “après”, puisque, dès les premières pages, il meurt. 

À travers deux tomes et une écriture simple à la portée de tous, Fabrice Colin explore la mort et donc obligatoirement la vie. Après un attentat, le jeune adolescent se retrouve dans un monde où une étrange créature de lumière, un “Elohim”, lui laisse 49 jours – temps nécessaire selon la tradition bouddhiste pour la réincarnation du défunt – pour décider s’ il préfère le rejoindre dans le “royaume”, un endroit supposé idyllique, ou bien plonger dans un gouffre inconnu nommé le Nihil. Entre temps, ils découvrent une troisième option… Ne pas choisir et vivre avec les Égarés, un groupe de personnes, qui, comme Floryan, ont choisi de ne rien décider, de vivre en communauté ici dans l’intermonde. La journée, ils chevauchent des dragons pour voler au-dessus du Nihil et respirer ses vapeurs qui transportent quiconque dans le passé. Le soir, ils se retrouvent autour du feu et parlent de leurs anciennes vies. 

Floryan se sent vite prisonnier des différentes règles : ne rien écrire, ne pas visiter le futur, etc… Et comprend que certaines choses lui sont cachées. Explorer le futur est une chose interdite, pourtant il est obsédé par une question qui nous viendrait tous à l’esprit : comment nos proches font-ils face à notre mort ? Quel est le futur ? Et il y a bien une raison pour laquelle il est interdit d’aller au-delà… Mais pour le savoir il faut lire l’ouvrage. Les deux tomes explorent les mystères de la vie, de la mort, de nos esprits, ils posent des questions sur nos croyances aveugles, notre combativité et montrent à quel point nous sommes une goutte d’eau dans un océan.

À travers un texte accessible à tous, Fabrice Colin transporte le lecteur dans le pire cas de figure : voir le futur sans pouvoir intervenir. Et c’est comme un accident de voiture, on devrait détourner le regard par pudeur mais au lieu de cela, on ne peut s’empêcher de regarder le véhicule s’écraser. La mort n’est plus le contraire de la vie, elle est une autre expérience, une aventure intimement liée aux vivants. Entre science-fiction et dystopie, Fabrice Colin nous emporte dans une aventure dense où le mystère de la mort reste toujours entier. 

“ Le pire, c’est cette absence de tristesse, cet engourdissement de l’âme. Une phrase de mon père, murmurée à l’enterrement de mon grand-père, me revient en mémoire : « C’est pour ceux qui restent que la mort est difficile. »”

Galit

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