Pourquoi faut-il lire des comics en noir et blanc ?

Écrit par Théo Toussaint et illustré par @peydrawz

La couleur est une composante importante à la lecture d’un comic book. Elle permet de sublimer l’action ou donner une sensation de profondeur au sein des cases. Mais que se passe-t-il quand on retire le travail du coloriste pour souligner le rôle de l’encreur ? Les comics sont-ils initialement conçus en noir et blanc ?

Le noir et blanc renouvellent la lecture d’une œuvre.

L’artiste-peintre Vassily Kandinsky, pionnier de l’art abstrait au XXe siècle, publie l’ouvrage Du Spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier en 1910, dans lequel il théorise sa conception de l’art autour de la « nécessité intérieure ». Pour décrire sa vision, il utilise une métaphore : « En règle générale, la couleur est donc un moyen d’exercer une influence directe sur l’âme. La couleur est la touche. L’œil est le marteau. L’âme est le piano aux cordes nombreuses. »

Pour composer une bande-dessinée, il faut pouvoir compter sur une chaîne de production, où le savoir-faire de chacun des artistes va s’imbriquer dans un ensemble cohérent. Le/la dessinateur.rice esquisse les visuels, l’encreur.se sublime les traits et le/la coloriste ajoute les nuances et teintes artisanalement ou par ordinateur. Les réflexions de Kandinsky entrent parfaitement en résonance avec la conception d’une œuvre dessinée, on peut prendre en exemple Batman : un long Halloween pour illustrer cette osmose avec le travail sur les couleurs froides de Gregory Wright, qui accentue l’atmosphère de film noir qui transparaît tout au long du récit.

Pourtant, la colorisation de l’œuvre est une étape avancée dans la création d’un comics, bien après l’encrage et juste avant le lettrage, c’est-à-dire l’édition des bulles de dialogue. Il apparaît que la totalité des bandes-dessinées existent originellement en noir et blanc. Si ces versions sont habituellement confidentielles, certaines initiatives remettent au goût du jour ces rares ébauches. 

Depuis maintenant 7 ans, Urban Comics, label d’édition français affilié aux parutions de DC Comics propose des impressions inédites destinées aux collectionneurs et aux fans de super-héros : certains tomes, tirés en quantité limités, proposent de (re)découvrir les aventures de Batman, Superman et des autres protagonistes dans un format noir et blanc.

La première itération fut imaginée pour célébrer les 75 ans de la première apparition du Chevalier Noir de DC Comics, 5 œuvres majeures furent sélectionnées pour être adaptées en album collector : Batman Année Un, Silence, La cour des hiboux, Amère Victoire et The Dark Knight Returns. La réédition de ces aventures fondatrices des mythes autour du justicier de Gotham City offre une nouvelle perspective visuelle ; le scan des planches originales propose un rendu minimaliste et simplifié sur les cases. La cour des hiboux et Batman Silence, deux œuvres dessinées par Greg Capullo et encrées par Jonathan Glapion s’attachent à souligner les trames et intensifient les noirs. Pour Batman Année Un, le travail de la coloriste Richmond Lewis sur la publication de 1987 ancre la ville de Gotham un univers crade et décadent par l’ajout d’effets visuels comme des projections d’encre sur les planches et des couleurs ternes. La ressortie noir et blanc de 2014 occulte cet aspect tout en proposant une nouvelle lecture, les niveaux de gris sont inexistants, le rendu monochrome de David Mazzucchelli fait directement référence aux influences des films noirs.

Enfin, l’adaptation de The Dark Knight Returns fait figure d’exception, les originaux de l’œuvre culte de l’auteur Frank Miller ne sont plus disponibles. Il semble qu’Urban et DC Comics ne soient plus en possession des planches de 1987. L’éditeur a donc retravaillé chaque page scannée en couleurs pour les passer en noir et blanc via Photoshop. Ce dispositif démontre certains défauts. Par exemple, les pages présentent des niveaux de gris et des textures étranges. Malgré les quelques imperfections, l’ouvrage reste lisible et permet de souligner le dessin de Miller.

Urban Comics réitérera la parution d’une nouvelle collection spéciale pour les 80 ans de Batman, avec l’ensemble des œuvres produites par l’auteur Scott Snyder et le dessinateur Greg Capullo. Depuis, ces nouvelles adaptations de comics noir et blanc continuent de paraître, indépendamment d’un quelconque événement-anniversaire, avec des créations plus récentes comme Batman Créature de la nuit ou le fameux Batman White Knight. Dernière étape de la démocratisation de ces éditions, des comics noir et blanc vont également être republiés pour d’autres personnages comme Superman, Wonder Woman ou encore Shazam. Il est possible de se questionner sur la pertinence du format noir et blanc pour certains ouvrages, comme Superman Unchained écrit par Scott Snyder et dessiné par Jim Lee et Dustin Nguyen. Le récit offre de bonnes pistes de réflexion sur le personnage de l’homme d’acier, mais peine à se renouveler dans sa narration, l’histoire oubliable ne peut pas être considérée comme une pierre angulaire du mythe de Superman. L’apport du noir et blanc ne contribue à rien de plus au sein du comics, les nouveaux visuels n’ajoutent aucun niveau de lecture et l’encrage reste simpliste, mis à part les trames qui renfoncent les lignes de fuite.

Le noir et blanc sont un choix éditorial.

Certains comics sont spécialement édités en noir et blanc, l’un des plus iconique est The Walking Dead imaginé par Robert Kirkman et dessiné par Tony Moore puis Charlie Adlard. La bande-dessinée s’attache à nous narrer la quête du shérif Rick Grimes et sa communauté, amenés à survivre dans un monde ravagé par une invasion de morts-vivants. 

Les créateurs ont souhaité utiliser le noir et blanc bien avant la diffusion du premier numéro en 2003. Au-delà de l’aspect esthétique, cette composition permettait de gagner du temps à la production. La petite équipe éditoriale a enchaîné sans interruption la diffusion mensuelle d’un chapitre de l’histoire jusqu’en 2019. Pour fluidifier les étapes de conception, les artistes envoient/envoyaient directement les planches au lettrage juste après l’encrage, afin de rapidement imprimer une version finale. Ce mode de fonctionnement avait également des avantages économiques : les frais d’impression en noir et blanc sont bien moins chers. Pour autant, l’avantage de l’absence de couleurs est bénéfique dans la portée diégétique de l’œuvre. En pensant de la sorte The Walking Dead, Robert Kirkman faisait directement hommage au film d’horreur La Nuit des Morts-Vivants de George Romero sorti en 1968, également en noir et blanc. Cette référence au cinéma de genre est accentuée par le travail sur l’ombrage et la colorisation des nuances de gris par l’encreur Cliff Rathburn, dont les effets de textures rappellent le grain de la pellicule des vieux films de zombies.

La composition monochrome des cases atténue la violence et le côté gore de certaines scènes. L’univers de The Walking Dead regorge de moments dramatiques, de situations macabres et d’événements morbides. Pour compenser la violence graphique, l’absence de couleurs crée une distance, on ne voit pas le rouge du sang, par exemple.

Depuis octobre 2020, la série de Robert Kirkman et Charlie Adlard ressort en version deluxe colorisée par l’artiste Dave McCaig. Le rendu offre une vision moins anxiogène et horrifique des aventures du sheriff Grimes : les différents niveaux de détails et d’ombrages sont soulignés par une variation des palettes de teintes. Si cette nouvelle édition peut attirer de nouveaux lecteurs, il convient également de s’interroger sur l’ajout de couleurs, en comparaison des points évoqués précédemment. 

Les comics en noir et blanc arrivent à rendre une sensation de tangibilité, les différentes touches de nuances renforcent l’immersion dans un univers fictif, cette conception graphique joue avec nos repères de lecteurs pour nous imprégner la rétine. L’absence de couleurs dévoile le travail réalisé.e.s par les dessinateur.rice.s et encreur.se.s, souvent oublié.e.s dans l’industrie du comic book au profit de l’auteur.

Travail : et si nous le repensions avant de le reprendre ?

par Nicolas Gruszka

Le confinement a permis de mettre le doigt sur certaines limites inhérentes à notre système économique liées au travail. Mais surtout, il nous laisse philosopher et le voir sous de nouvelles perspectives.

« Il y aura un avant, et il y aura un après »… ou pas !

Nombreux sont les spécialistes à espérer que cette crise sanitaire liée à la Covid-19 transforme en profondeur nos sociétés en souffrance. Mais est-ce vraiment le cas ? Confinement ou pas, on fait toujours appel à des travailleurs détachés pour nos récoltes. L’autonomie alimentaire n’est pour l’instant qu’un concept. On commande toujours en ligne des biens de consommation qui arrivent par cargo, tout en râlant sur les émissions de CO2 et la fermeture de nos commerces locaux. Grâce à tous nos efforts, bientôt Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, aura un confortable statut de billionnaire. On continue d’ailleurs de jalouser cette poignée de milliardaires aussi riches que la moitié de la population mondiale. 

Nos dirigeants lorgnent toujours sur de nouvelles ressources, comme le projet de mine d’or « Espérance » en Guyane – un an après l’abandon officiel de « la Montagne d’or »- c’est dire si leur bon sens est fragile ! Nos marchandises font toujours 5 à 6 fois le tour du monde. Les exploitants, esclaves de la finance, sont toujours conditionnés à ne regarder que l’argent généré et presser les exploités à extraire davantage les ressources, façonner, assembler, vendre et distribuer. Notre Iphone13 en dépend ! Il sera d’ailleurs relié à la 5G pour mieux capter les vidéos en HD qui nous aideront à davantage nous couper du monde réel. Et ce n’est pas de notre faute si nous devons en racheter un, la batterie du précédent ne tenait plus la charge, merci à l’obsolescence programmée !  

Les filières de recyclage et de revalorisation des déchets ne sont pas plus aidées qu’auparavant. On ne peut sans doute pas soutenir à la fois Renault, Air France et des initiatives souvent portées par une minorité isolée et marginalisée. A quoi bon, de toutes façons, quand on voit le nombre de masques à terre depuis le déconfinement, on se doute bien que l’humain se soucie de la planète que lorsqu’il n’a rien d’autre à penser. 

Dans le secteur tertiaire, ce qui a changé, c’est que maintenant, on peut faire tout ça en pantoufles depuis chez soi, grâce au télétravail ! Grâce aux machines, le lien social est préservé ! Encore faut-il en maîtriser les outils et ne pas se laisser entraîner par la lente fusion entre sphère publique et sphère privée, dont les applications de traçage pour raisons sanitaires n’en sont que la figure de proue. 

Applaudissons donc à la fenêtre ce qu’il reste de positif à notre humanité ! Et félicitons-nous, tous ces exploits sont le fruit de notre travail !

Ne soyons toutefois pas mauvaise langue, cette pandémie aura quand même permis de mieux considérer les métiers des soignant-e-s, des chauffeurs, des manutentionnaires, et de celles et ceux qui ont fait tenir debout notre société toute entière, mais à quel prix ? Celui du SMIC ! Avouez que ça vaut bien une petite médaille et une petite prime de risque ! 

Bref, les changements majeurs dans notre rapport au monde semblent être, eux, restés confinés. C’est comme si nous étions pris dans l’engrenage de notre propre système ; à tel point que souvent la perspective de l’effondrement nous apparaît à la fois comme une fatalité et comme une solution. 

Un triptyque Travail-Effort-Salaire

Selon la légende, plutôt controversée, l’étymologie du mot travail est associée au latin Trepalium, désignant un instrument de torture, confortant l’idée de souffrance et d’effort inhérent à cette discipline. De plus, le travail renvoie à la notion de salaire et donc de moyen de subvenir à ses besoins. Le salaire est ainsi érigé en récompense d’un certain effort, effort qui semble être mesuré surtout en fonction du niveau d’études ou de sa pénibilité, plus que de son utilité. C’est en tout cas cette fragilité du système que le confinement généralisé a mis en lumière.    

Aujourd’hui, vouloir rééquilibrer l’échelle des valeurs de nos métiers semble être l’enjeu et la leçon à tirer de cette crise sanitaire. D’où ces tentatives d’ajustement, mais qui se heurtent à une problématique de plus grande ampleur, celle du triptyque travail-effort-salaire. 

Le salaire, pris comme argent gagné en échange du travail fourni, est la seule entité vraiment mesurable de ce triptyque. On a tendance à vouloir mesurer le travail en temps et en résultat, et à faire correspondre ce temps dépensé à un salaire défini, pondéré par la valeur qu’on attribue à l’effort qui lui correspond. 

Mais est-ce vraiment un bon calcul ? Le temps passé à obtenir un résultat n’est-il pas complètement aléatoire ? Il dépend de l’expérience, de l’humeur et de la santé du travailleur, des contraintes environnementales, des ressources dépensées, et de tellement d’autres paramètres ! On a beau appliquer les lois de Pareto, selon lesquelles 80 % du résultat est dû à 20 % du travail et inversement, cela reste une estimation qui semble très approximative. 

De même, rétribuer le travail accompli par un salaire défini est certes sécurisant pour l’employé et son employeur, mais pas forcément beaucoup plus fiable mathématiquement. Dans un monde simpliste et idéal, on diviserait la quantité totale d’argent par le nombre de travailleurs, toujours selon des pondérations établies en fonction de l’effort fourni. Or, la quantité totale d’argent à distribuer est variable. On le voit bien lors d’une pandémie ou d’une catastrophe naturelle. « Réparer » notre système est coûteux et le coût ne correspond plus à l’effort fourni.  Pour être à l’équilibre, il faudrait alors aussi faire fluctuer soit les salaires, soit le nombre de travailleurs. Ce qui nous montre que la sécurité de l’emploi telle qu’on la connaît aujourd’hui n’est pas viable mathématiquement. 

Va-t-on s’en plaindre pour autant ? Pas tant qu’une partie de notre système économique en dépend. Pas de prêt bancaire sans CDI. Pas de logement sans gagner 3 fois son montant. Pas de retraite complète sans un nombre suffisant d’annuités. Autant d’injonctions de notre modèle sociétal qui ne laissent place ni à l’échec, ni au vivant dans son ensemble. 

Le sens du devoir

Mais laissons de côté les valeurs comptables pour s’intéresser aux valeurs morales liées au travail. L’apparition de nouvelles maladies telles que le burn out ou le bore out nous montre à quel point la question du sens est cruciale. Dépassons le caractère aliénant qu’on associe trop souvent au travail. Car ce à quoi nous œuvrons tous autant que nous sommes, quelquefois inconsciemment, c’est à la construction de notre société dans son ensemble. C’est pourquoi nous nous devons de considérer le travail comme essentiel et nécessaire. 

Alors pourquoi le haïssons-nous si souvent ? Parce que, depuis des années, les méthodes de management ont généré de l’injustice et altéré la perception qu’on s’en fait. Tous les modèles liés au travail sont borgnes et nous rendent aveugles au désastre que nous produisons. A ne regarder que la valeur économique, à considérer l’humanité comme un tout indépendant du reste du vivant, nous en sommes arrivés à des absurdités sans commune mesure. En considérant l’effort et le résultat individuel au lieu de la construction collective, nos patrons nous poussent souvent à la comparaison, à la compétition, au détriment des capacités momentanées de chacun. De plus, la mauvaise répartition de la pression individuelle provoque un désintérêt global et un sentiment d’aliénation. 

Vous connaissez sans doute cette histoire des trois tailleurs de pierre à l’œuvre. L’un grommelle, l’autre semble indifférent, le troisième rayonne. Quand on demande au premier ce qu’il fait, il marmonne qu’il taille des pierres en pestant. Le deuxième, un peu plus méthodique, explique qu’il construit un mur.  Le troisième, quant à lui, aussi concentré qu’heureux, déclare qu’il érige une cathédrale ! Ils font tous les trois le même travail, mais la perception qu’ils en ont change non seulement leur moral, mais aussi leur résultat. 

La notion du sens dans le travail est donc importante. Elle doit être posée à l’échelle de l’ensemble du vivant, et remise en question à chaque instant. Notre modèle doit évoluer en permanence en fonction de son environnement. La question de l’effort doit elle aussi être régulièrement réinterrogée, au vu des nombreuses évolutions technologiques qui nous aident à accomplir notre travail autant qu’elles nous rendent dépendant. 

Quelles leçons à tirer de la crise sanitaire ?

Alors quel modèle pour demain ? Quelles leçons va-t-on tirer de cette pandémie créée par l’absurdité de notre système. De cette exploitation du pangolin à cette agglutination de bouches à nourrir et d’humains dépendant de leur salaire ? De cet acheminement chaotique de denrées alimentaires et de masques de protection ? De cet effort incommensurable pour soigner et protéger nos plus vulnérables ? De ces aides nécessaires pour subvenir aux besoins d’acteurs de secteurs aussi variés que l’artisanat, la culture, et l’hôtellerie-restauration, tous statuts confondus ? Quelles leçons va-t-on tirer de la façon dont nos pédagogues ont dû s’adapter pour continuer à instruire nos enfants ? Comment vont s’orchestrer nos déplacements, maintenant qu’on a eu la preuve de l’impact de leurs émissions néfastes pour la planète ? S’agit-il simplement de réparer notre système ou de le reconstruire, de le remodeler ? 

Si la tendance de nos gouvernants est de changer le moins possible, de reprendre le plus rapidement comme auparavant le cours des choses, peut-être juste en nous culpabilisant davantage sans nous donner les moyens de tester de nouveaux modèles, il ne nous est pas interdit de penser à plusieurs pistes d’évolution. Allez, rêvons un peu ! Imaginons notre futur !  

Ancrer davantage le travail sur un territoire. 

Pour redonner du sens à notre travail, il faut que nous puissions voir l’impact de nos efforts. Sur nos vies autant que sur notre environnement. Nous ne prenons conscience de nos actes que si nous les voyons. 

Tant que nos I phones seront fabriqués à partir de matières premières extraites en Afrique, assemblés en Chine et vendus par des multinationales, nous ne verront pas l’impact de nos actes. Nous continuerons donc de les vendre, de les acheter, de concevoir de belles applications en ayant l’impression de bien faire et de servir le bien commun. 

Tant que nos déchets seront emmenés loin de nous et souillerons d’autres terres que les nôtres, nous continuerons de les produire, la plupart du temps sans nous en rendre compte. Quel communicant a conscience qu’à chaque partage d’événement local voué à renforcer le lien social, c’est un peu plus de banquise qui fond à l’autre bout de la planète.  

Tant que nos médias seront centralisés, nos informations seront partielles et partiales, décorrélées des subtilités locales. Les images et discours produits ne feront que renforcer le déracinement de nos pensées. Il en va de même pour notre politique globale et nos lois ; citons à titre d’exemple les ravages de la politique agricole commune sur la biodiversité et sur le moral de nos agriculteurs.

Nous avons d’ailleurs tout intérêt à réorganiser notre système agricole pour gagner notre autonomie alimentaire, si nous voulons pallier au risque de pénurie. La pandémie a révélé la fragilité du secteur, que ce soit au niveau de la production, de l’acheminement ou de la distribution. Il suffit d’un grain de sable, une tension diplomatique qui bloque l’accès au pétrole, et donc au transport des produits ; une sécheresse non anticipée ; l’arrêt brutal des exportations de la part d’un pays inquiet, et c’est toute l’industrie agroalimentaire qui s’effondre. 

Nous devons donc repenser le travail localement, et autour de nos besoins fondamentaux. Notre nourriture, notre énergie, nos liens sociaux, notre culture, nos foyers… 

« Nous ne sommes pas le produit d’un sol, mais celui de l’action qu’on y mène », dit le proverbe. Ce qui nous lie, ce sont nos actions, mais si elles ne sont pas enracinées à notre environnement, notre société est volatile et parasite, et alors nous ne valons pas mieux que le virus SRAS-COV-2. Veillons toutefois à ne pas nous considérer comme seuls légitimes sur ce territoire. Considérons le vivant dans son ensemble et ne nous voyons pas au centre de toutes les interactions. Laissons des espaces libres, au sein de notre territoire, où la nature aura tous ses droits. 

Réorganisons notre travail selon un nouveau triptyque

La notion de temps de travail est difficile à réguler. Imposer la semaine de 35h ou 39h est une moyenne comptable qui ne prend pas en compte les paramètres variables de l’effort à fournir et rend le travailleur sujet et non acteur de ces réalisations. Pensons plutôt le travail en missions ou en projets à accomplir. 

De même, le rêve que chacun puisse trouver un travail qui lui plaît est vain. Il est des métiers que personne ne veut faire et qui sont pourtant essentiels à notre société. Trouver du plaisir dans son travail est une notion bien différente de celle de trouver un travail plaisant. Mais fort heureusement, le niveau global d’étude et l’intelligence collective nous a rendu bien plus polyvalents qu’autrefois. Au lieu de penser le travail comme un service unique à la société, nous devrions le penser selon trois catégories par lesquelles nous devrions forcément passer. 

La première, serait de l’ordre de la corvée. Le service à la société, mais qui ne nous fait pas vraiment plaisir. Nous accomplirions cette mission à tour de rôle, pour permettre à chacun d’accéder à la deuxième catégorie, celle du travail créatif, inspirant, celle au service du bien-être et du confort, toujours afin de servir la société, mais plus valorisant pour l’estime personnelle. Ainsi, les designer et les hôtes de caisse partageraient un même vécu, puisqu’ils pourraient exercer leurs métiers respectifs à tour de rôle. Les banquiers du lundi pourraient être les maçons du vendredi. Les agriculteurs pourraient être délestés d’une partie de leur travail puisqu’une plus grande partie de la population serait autonome et travaillerait quelques heures à sa ferme de quartier. Ce vécu partagé souderait la société et renforcerait l’esprit collaboratif. Évidemment, avec un tel système, les temps de formation devraient être revus, et les études faites uniquement en début de vie seraient réparties sur toute la vie. 

La troisième catégorie de travail serait le travail personnel, pour assurer sa survie et celles des autres. Un temps pour s’occuper de soi, de ses proches, des plus fragiles, un temps pour soigner de manière générale l’âme du monde. Il s’agirait d’un temps pour prendre soin non pas de l’espèce humaine uniquement, mais du vivant en général. Au vu des dégâts que notre espèce provoque sur Terre, il y aurait de quoi faire pour réparer. Il s’agirait tout simplement de rétablir le juste équilibre entre ce que la nature nous donne et ce que nous lui apportons.

Avec quels moyens ? 

Pour entamer une telle mue dans notre système, il faudrait pouvoir s’affranchir de notre dépendance à l’économie. Considérer que l’argent est un moyen d’échange parmi d’autres. Remettre en avant l’échange naturel de biens et de services entre citoyens. La notion territoriale en est une des clés. Par exemple, une mairie pourrait offrir un logement et un moyen de transport propre à ces employés plutôt qu’un salaire indécent complété d’une triade d’aides sociales.   

D’autres pistes sont intéressantes. Le revenu universel, versé toute la vie sans condition, permettrait de repenser le salaire comme ressource et non comme but. De nombreux détracteurs de ce procédé y voient là un moyen de s’affranchir du travail et de pousser à l’oisiveté. Mais cette vision est issue d’un conditionnement à relier systématiquement le travail au salaire. Or ce n’est déjà pas le cas pour le bénévolat, le travail de l’éducation des enfants ou les attentions solidaires à ses voisins. Le confinement a mis en exergue ce type de travail là, sans pour autant l’avoir valorisé. Certains départements, dont celui de la Gironde, ont d’ailleurs relancé l’idée du revenu universel, dont la demande d’expérimentation avait déjà échouée il y a un an. Pas sûr que nos dirigeants aient changé d’avis depuis, mais le droit à l’expérimentation doit être débattu autant de fois que le contexte le permettra. Expérimenter, c’est le premier pas pour changer, quitte à se tromper. 

Enfin, dans ce même objectif de mieux répartir l’effort collectif, le progrès technologique aurait sa place à jouer. Il nous permettrait d’être plus efficace en travaillant pour plusieurs missions à la fois. Les cerveaux de la jeune génération sont déjà rompus à l’exercice. Combien d’étudiants apprennent leurs cours tout en suivant une série ou en écoutant un podcast ? Le livreur à vélo pourrait en pédalant produire et stocker de l’énergie qui serait redistribuée à la collectivité une fois le vélo garé à une borne spéciale. La chaleur de nos serveurs, relocalisés, pourrait nous chauffer en hiver. L’homme de bureau pourrait piloter la récolte à distance via une machine mécanisée. Tout ceci serait possible à condition de collecter au préalable les outils nécessaires, reconditionnés à partir d’anciens objets technologiques désuets, afin d’extraire le moins possible de nouvelles ressources de notre planète. La meilleure des ressources, sans doute inépuisable, ce sont d’abord et avant tout nos idées ! !  

Le mérite ne serait-il que de la chance ?

par Mayli

 La pandémie actuelle fait ressurgir un questionnement important autour des emplois jugés  essentiels et de leur valorisation sociale et économique. Johann Chapoutot remarque ainsi que  « le salaire que l’on perçoit est indépendant de l’utilité sociale de l’activité voire inversement  proportionnel à celle-ci » : les héros d’aujourd’hui, comme le gouvernement aime à les appeler,  sont moins bien rémunérés que les salariés en télé-travail de secteurs non-essentiels ce qui  interroge sur le calcul du montant d’un salaire, et donc sur le mérite à percevoir un haut revenu.  Le mythe du mérite, conditionnant nos notions d’échec et de réussite, est ancré dans notre  quotidien : les notes à l’école, la sélection à l’université, la concurrence entre les travailleurs et  celle entre les entreprises, le système de retraite par points. L’adage est universel : « on récolte ce  que l’on sème », justifié par le « si on veut, on peut ». Pourtant, en sociologie, on comprend que  notre situation dépend bien plus de notre héritage que de nos efforts personnels. 

 Pour Pierre Bourdieu, l’héritage d’un capital culturel, économique, social et symbolique va  générer un système de préférences, de goûts, d’aptitudes qui va définir l’habitus propre à un  milieu social donné. Bourdieu écrit que l’habitus est « le social à l’état incorporé » : l’individu se  comporte d’une manière qui lui semble totalement naturelle alors qu’elle n’est que le fruit de sa  socialisation. Ainsi, les loisirs, les goûts ou même les capacités particulières ne relèvent pas d’un  choix personnel ou d’un don naturel mais sont déterminés par notre positon sociale. Au sein de la  famille bourgeoise, la compétence culturelle – le « bon gout » – est transmise dès le plus jeune âge  par l’immersion des enfants dans un environnement cultivé (lecture, théâtre, musée). Au travers  de leur socialisation familiale, les étudiants issus des catégories favorisées héritent d’une certaine  familiarité avec la culture savante, très proche de la culture demandée à l’école. Inversement, les  étudiants issus des catégories les plus défavorisées n’héritent pas des compétences culturelles  valorisées par l’école et se caractérisent, par exemple, par une moindre maitrise de la langue  scolaire qui « n’est une langue maternelle que pour les enfants originaires de la classe cultivée ».  P. Bourdieu et J-C Passeron interrogent la croyance méritocratique selon laquelle l’école  favoriserait l’égalité des chances et la disparition des privilèges liés à l’héritage familial. Cette  institution traite en effet tous les élèves comme égaux face à la culture alors qu’ils sont inégaux  de fait. Par exemple, lors d’un concours, les épreuves sont les mêmes pour tous les candidats ce  qui parait égalitaire mais les étudiants qui sont proches de la culture savante depuis l’enfance  n’ont en réalité que peu d’efforts à fournir relativement aux autres pour satisfaire aux critères du  concours : il est donc prévisible que 5,6 % d’enfants d’ouvriers entrent dans les écoles  d’ingénieurs (alors qu’on compte 21 % d’ouvriers dans la population active), contre 54 %  d’enfants de cadres (18 % de la population active). Pour justifier les inégalités scolaires obtenues,  l’école les rapporte à des inégalités de compétences naturelles, dans une « idéologie du don »,  alors que Pierre Bourdieu montre qu’elles sont culturelles, acquises au sein d’un milieu social. La  dénégation de l’effet de l’héritage culturel permet finalement à l’institution scolaire de légitimer la  reproduction sociale en lui donnant un fondement méritocratique. L’école transforme alors une  hiérarchie sociale non légitime – car reposant sur l’héritage familial – en une hiérarchie sociale  relativement identique mais légitimée par le mérite scolaire.  

Par ailleurs, Jean-François Amadieu, directeur de l’observatoire des discriminations, soutient que  la discrimination liée à l’apparence reste taboue mais forte. Un testing réalisé par Université  Paris-1 sur les embauches en poste d’accueil montre que sur 200 envois de CV identiques mais  aux photos différentes, la femme blonde reçoit 90 réponses positives contre 22 pour une femme  noire (racisme) et 15 pour une femme en surpoids (grossophobie). Le physique est l’objet de  nombreux préjugés, les personnes perçues comme belles seraient aussi perçues comme plus  sympathiques, plus intelligentes et plus heureuses. De plus, les critères de beauté occidentaux –  mais diffusés dans le monde – sont fondés sur du sexisme, du racisme, de la grossophobie ou  encore du validisme, ce qui ne contribue pas à l’acceptation des minorités en question qui auront  plus de difficultés pour réussir. Le physique a évidemment un impact sur le caractère : si l’on a  l’habitude de se faire rejeter à cause de son physique, la confiance en soi nécessaire pour essayer  quelque chose et peut-être réussir se dégrade. En réalité, dans son ouvrage Le poids des  apparences, Amadieu insiste sur l’aspect social de l’apparence : la beauté n’est pas un don.  « L’apparence est très liée au milieu social. Vous êtes plus ou moins exposé à l’obésité ; l’accès  aux soins dentaires ou l’exposition au risque de handicap sont inégalement répartis dans les  groupes sociaux ». Les chances de réussite sont donc bien inégalement réparties entre les différentes classes sociales, la méritocratie est plutôt défectueuse : l’élite anglaise en 2012 est  issue des mêmes familles que l’élite anglaise de 1170 – même chose pour l’Italie entre 1427 et  2011. 

Néanmoins, le concept de mérite est creux également en philosophie. En effet, on ne peut  mériter que ce que l’on a fait soi-même, ce qui exclut déjà tout ce que l’on a obtenu par la rente,  l’échange ou le hasard. Or, le hasard détermine pour beaucoup nos vies : deux agriculteurs  peuvent travailler autant mais l’un dans un champ stérile et l’autre dans un champ fertile. Deux  individus peuvent étudier autant mais l’un détient un patrimoine génétique qui lui donne une  mémoire performante et l’autre nait avec un handicap qui pénalise sa capacité de travail. Deux  artistes peuvent être talentueux mais l’un va avoir la capacité financière d’exposer ses oeuvres et  l’autre non. L’individualisme et la responsabilité individuelle tient une place centrale, même si  l’idée de « se faire tout seul » est une illusion tant l’individu est lié à la société – socialisations,  formations, infrastructures, soins. Il n’existe rien que l’on ai entièrement produit de nous-même  donc rien que l’on mérite. John Rawls écrit ainsi : « Nous ne méritons pas notre place dans la  répartition des dons à la naissance, pas plus que nous ne méritons notre point de départ initial  dans la société. Avons-nous un mérite du fait qu’un caractère supérieur nous a rendu capable de  l’effort pour cultiver nos dons ? Ceci aussi est problématique ; car un tel caractère dépend en  bonne partie d’un milieu familial heureux et des circonstances sociales de l’enfance que nous ne  pouvons mettre à notre actif. La notion de mérite ne s’applique pas ici. » Par conséquent, la vie  étant faite d’héritages, d’opportunités et de chance, la justice attributive fondée sur le mérite  individuel n’est pas rationnelle, la distribution des ressources devrait donc être fondée à partir de  principes collectivement déterminés, dans un cadre de coopération et d’équité nécessaires à une  vie sociale harmonieuse. 

De plus, la méritocratie est d’abord fondée sur la conception d’un nombre limité de places  avantageuses qui peut tout à fait être remis en question: selon Malthus, « tous les hommes ne  sont pas conviés au grand banquet de la nature », ce qui pousserait à la compétition entre les  individus pour y accéder. Cette question de rareté des places est le résultat d’une anthropologie  dualiste, dans laquelle le monde est divisé en deux catégories : la masse et l’aristocratie naturelle  (autrefois héréditaire, aujourd’hui méritante). La masse est paradoxale car elle désigne le peuple,  irrationnel et inculte, politiquement incompétent mais fondateur du pouvoir politique à travers  l’élection politique, qui extrait une partie de l’aristocratie naturelle. Mais si l’on redistribuait à part  égale le patrimoine transmis par l’héritage chaque année à tous les Français majeurs, chacun  disposerait de 310 000 €. Le nombre de places n’est pas limité, c’est seulement le partage qui est  insatisfaisant : certains individus s’accaparent les places des autres. 

Pourquoi la compétition continue-t-elle si les ressources sont suffisantes pour chaque vie  humaine ? Le néolibéralisme repose sur une idée majeure : si la compétition est juste, dans un  marché en concurrence pure et parfaite par exemple, les inégalités sont légitimes, et surtout  efficaces. Une forte sélection s’opère aujourd’hui pour adapter l’espèce humaine à un  néolibéralisme inéluctable – alors que ce sont bien nos représentants qui signent des traités de  libre-échange avec d’autres dirigeants, ce sont bien nos États qui interviennent pour assouplir les  règles du marché. Les individus les plus aptes à s’adapter à ce mode capitaliste, c’est-à-dire  ceux dont la productivité est la plus forte, se voient récompenser par les dirigeants qui ne se  préoccupent que du taux de croissance, indice idéal pour accroitre leur profit. Le darwinisme  social développé par Spencer, très éloigné de la pensée de Darwin, inscrit la lutte économique  dans la loi de l’évolution, justifiant la suppression des individus les plus inaptes à s’adapter: les  improductifs, les pauvres. Le XIXème siècle marque une obsession d’une supposée  dégénérescence de l’espèce humaine avec la peur que la sélection naturelle n’officie plus.  Pourtant, Darwin montre que la lutte des espèces s’effectue contre des obstacles naturels et non  entre individus, et que le coopération rend une espèce plus apte à survivre que la compétition,  avec l’exemple des fourmis. Servigne insiste également sur l’épuisement lié à la compétition alors  que l’entraide est une autre loi de la jungle naturelle mais très efficace pour la survie d’une  espèce. 

 Le mythe du mérite est pourtant relayé même dans les classes les plus défavorisées, ce qui peut  paraitre paradoxal car ce sont ces classes qui perdent le plus dans la compétition mondiale. 

Pourtant, si cette croyance est si forte, c’est peut-être parce qu’elle rassure l’Homme : le slogan  de SciencesPo Bordeaux « je le peux parce que je le veux » est tout de même plus optimiste  qu’un slogan plus proche de la réalité « je le peux parce que je le veux et que je dispose d’un bon  capital culturel, économique, social et symbolique ou si je suis prêt.e à étudier dix fois plus que  mes camarades pour rattraper mon héritage culturel insatisfaisant, tout en sachant que mes  proches ne pourront pas m’aider financièrement et que je devrais donc trouver un job étudiant  pour louer un appartement insalubre mais peu cher et rembourser les frais d’inscription, et donc  que je vivrais dans une insécurité économique permanente sans être sûr.e de remporter le  diplôme ». 

Le plaisir coupable : la sociologie pour les enfants.

par Bastien Silty

Dans cette édition spéciale où chacun se dévoile, je dois avouer ce que je fais depuis plusieurs semaines. 

Certains le savent, certains en rigolent, certains s’en fichent et d’autres ne comprennent pas. 

La majeure partie de mon temps libre (et non-libre) fut occupée par le dessin animé Foot 2 Rue de Marco Beretta et Serge Rosenzweig. Je parlerais principalement de la série franco-italienne initiale qui était diffusée sur France 3 et Rai 2 (chaîne italienne) entre 2005-2010 (en France) et 2006-2012(en Italie). Avant de rentrer dans les détails, il est important de préciser que cette série est destinée aux enfants (de 6 à 12 ans) et présente sur le service public. Elle est disponible aussi en accès libre sur Youtube sur la chaîne officielle Foot 2 Rue / Foot 2 rue Extrême. 

L’histoire se déroule principalement dans la ville fictive de Port-Marie, une ville du bassin méditérannéen du sud de la France ou du Nord de l’Italie. On fait alors la rencontre de différents acteurs de la ville. 

En commençant par le haut de l’échelle, on retrouve les aristos avec les Riffler dépeints comme des gens pressés dénués de compassion ne vivant que pour être bien vu. 

Ensuite, se trouve le duo Maroni-Pradé respectivement maire et agent de police. 

Le premier n’a qu’un seul but, améliorer la réputation de la ville et tente de la vendre comme une ville paisible en bord de mer où la pauvreté n’existe pas, du moins on ne la voit pas. 

Il existe dans cette ville deux écoles qui cohabitent : l’institut Riffler dirigé par la “Zelle” (diminutif de Mademoiselle, car on est en 2005) et le collège Saint-Xavier. On retrouve la dualité des études françaises entre le privé et le public. Si le premier semble être un lieu de vie paisible et relativement libre, le second se fait dans l’honneur de la tradition de la méritocratie où l’on se dénigre, s’enfonce et dont le seul souhait laissé par ce collège est de le quitter rapidement. 

Enfin, on retrouve les commerçants qui souhaitent survivre ; et le gang de “Requin”, des enfants à la rue qui passent leur temps à s’amuser et trouver de quoi manger.

Avant de passer à la brève étude des bleus, j’aimerais revenir sur les deux jeunes définis comme méchants : Ben dans la saison 1 et Vic dans les saisons 2 et 3. 

Le premier est un jeune vivant dans un HLM avec son père alcoolique et sans emploi. 

Il comprend très vite que pour s’en sortir, il doit réussir, les études n’étant pas pour lui, il fait alors tout pour rentrer à l’Olympique (le club de foot professionnel de la ville.) 

Il n’a donc pas le choix de se faire remarquer pour ses talents footballistiques.

D’un naturel leader il se met en tête que représenter Port-Marie lui permettra d’ouvrir les portes d’un monde plus simple. 

Vic a déjà une vie tracée, fille du principal de Saint Xavier ses notes lui permettent d’intégrer une grande école et de réussir sa vie. Mais ce qu’elle veut, c’est d’abord se venger d’Éloïse et assurer la réussite et l’excellence de l’école de son Papa. 

Ben finit avec un meilleur sort que Vic. S’il ne rentre pas à l’Olympique, il intégrera les bleus pour deux matchs, trouvera un travail sur la capitale et montrera à son père qu’il est possible de s’en sortir. 

On remarque à travers cet exemple que la série tient un point d’honneur : soyez heureux, dans l’illégalité si nécessaire, dans la galère si elle est forcée. 

À l’inverse, pour Vic, le dessin animé annonce : soyez revanchard, souhaitez écraser les autres et vous ne connaîtrez que les échecs. 

J’aimerais que la réalité soit si simple, mais je suis forcé de boire du thé et de rêver.

Les bleus (l’équipe principale de la série) sont composés de 5 à 7 jeunes. Sébastien “Tag” Arias Di Soler Tagano, le capitaine des bleus, est le fils d’un révolutionnaire argentin (absent la majeure partie de la série) et vit alors exclusivement à l’Institut Riffler. 

Gabriel N’Douala, enfant d’une mère sénégalaise et d’un père indien, tous deux médecins, ils sont forcés de vivre loin de Port-Marie. Pensionnaire de l’institut Riffler, il ne souhaite que pouvoir passer plus de temps avec ses parents. 

Ensuite, on retrouve les frères jumeaux Tarek et Nordine Zaim : ainés d’une famille de 11 enfants, ils intègrent le pensionnat de Riffler. Rapidement, leur présence dans les bleus se joue entre les week-ends où ils n’ont pas à garder leurs frères et sœurs et lorsqu’ils ont la permission de l’Olympique (qui les recrute lors de la saison 2, une aubaine pour leurs parents qui assument avoir du mal à joindre les deux bouts.) 

Pour compléter l’équipe, il y a la gardienne : Eloïse Riffler, fille du comte et de la comtesse Riffler à qui appartient l’institut. Elle est dans le collège de Samira, la sixième joueuse bleue forcée de faire son test d’admission dans l’équipe championne du monde en jogging et sweat à capuche afin de se faire passer pour un homme. 

Jérémy Weber est le dernier joueur, pensionnaire de l’institut après s’être fait exclure de 9 établissements scolaires.

Ça fait combien de temps que l’on a pas apprécié une série avec des personnages ayant un passé aussi riche ?

Cette équipe est au couleur des espoirs de l’époque : celle de La France Black, Blanc, Beur. Les différences de chacun étant censé permettre la grandeur de tous et assurer la cohésion. Si la série réussit à faire tenir ces idéaux dans son équipe phare, la France a échoué en déroulant le tapis rouge au racisme. Dans cette lutte contre le racisme, on peut aussi parler de la représentation des différents joueurs. Un mondial de Foot de rue étant organisé à Port-Marie, plusieurs pays sont conviés à participer. On retrouve alors des pays souvent représentés tel que la Chine, le Japon, les États-Unis (on note que ce sont 5 filles du Bronx qui représentent le pays) ou le Brésil. Pour autant, on apprécie la présence d’Israël, de l’Écosse, de l’Océanie, de la Jamaïque, de la Russie, de l’Argentine, de la Roumanie, du Kenya, du Groenland, de l’Afrique du Sud, du Vietnam, de la Tunisie, de la Malaisie, de l’Égypte et du Sénégal. 

C’est donc un sacré paquet de pays représentés. Quant aux personnages, il est nécessaire de préciser qu’ils ont tous un visage différent (oui, c’est rare de voir tant de différences). Et ils ne sont pas tous blancs mais aux couleurs des habitants du pays. (On salue le whitewashing du reboot des Winx.) 

Les blagues racistes ne sont pas présentes et ni leurs dessins, ni leurs voix ne sont risibles. On constate aussi la recherche dans la diversité des noms et la tentative de sortir du cliché et de la simplicité. 

La série étant destinée aux enfants, il y a aussi le besoin de représenter le pays au travers de ce qui crève l’écran, on retrouve alors les Mangas du Japon, les panthères de Soweto, les Wallabies d’Australie ou les Dreads de Kingston…

Il y a tant de choses à dire sur cette série, notamment sur les relations entre riches et pauvres définis par Tag et Eloise et cette phrase mythique du capitaine, “c’est sûr que c’est plus simple de passer le week-end avec des bourgeois que de jouer au Foot de Rue.” Je pourrais aussi parler de la question de la sécurité avec l’inutilité de l’agent Pradé et l’efficacité du service des Requins du Port qui, grâce à un système ingénieux de transmission d’informations et de connaissance de la ville, évite qu’un joueur se fasse embarquer.

Si je n’ai pas parlé de la Série Foot 2 Rue Extrême, c’est simplement car elle n’embrasse pas la volonté de décrire un système complexe, mais tente seulement de mettre la lumière sur des maux personnels. C’est toujours sympa, mais elle le fait moins bien que l’autre dessin animé du même essaim Les Minijusticiers.

Lo-fi, « do it yourself » et Soundcloud, des travailleurs et travailleuses plus qu’en solo

par Hugo Verdier

Le thème du travail m’a amené à évoquer un sujet qui m’est cher dans la musique. L’objectif ici va  être de comprendre ces artistes qui semblent n’avoir besoin de personne, ou presque. Ils sont d’abord  compositeurs, paroliers, mais surtout multi-instrumentistes et agiles avec les techniques du son : ils  peuvent donc facilement s’autoproduire. Y a-t-il plus de travail d’artiste alors ?

L’overdubbing, est une technique de studio qui se démocratise tout au long des années 1960. Il s’agit  simplement du rajout d’une piste d’instrument joué, un riff de guitare ou des harmonies vocales par  exemple, sur une base rythmique, le tout formant ainsi le mix final du morceau. Si j’introduis  l’article sur cela, c’est parce que son développement va permettre à un seul individu d’enregistrer un  morceau « complet » en termes d’instrumentation. Dans la même période, de nombreux artistes ont  pris du recul par rapport aux concerts et aux tournées, perçus alors comme un « passage  obligatoire ». À l’inverse, il y a un engouement pour des albums plus travaillés. Progressivement  l’idée qu’une seule personne joue de tous les instruments sur un morceau ne devient pas illogique  puisque ce dernier n’est pas pensé pour être réalisé en live par plusieurs performeurs.  

Le premier grand exemple est McCartney de 1970, le premier album solo du tout juste orphelin des  Beatles. Il est enregistré dans sa maison en banlieue londonienne avec un équipement basique (four track tape). Excepté les harmonies vocales de Linda McCartney, Paul enregistre tous les  instruments, toutes les voix, il a tout écrit et a tout produit: il n’a pas eu besoin des traditionnels  musiciens de studio et d’un producteur. Tout cela en fait d’abord un précurseur du son lo-fi mais  surtout de l’indie, dans le rapport entre l’artiste et sa propre musique enregistrée. Ce même Paul n’a  fait que poursuivre une expérience musicale déjà entamée, puisque depuis l’album blanc il  expérimente des morceaux dont il est l’unique penseur et joueur. Enfin, il est bon de rappeler que les  critiques mainstream contemporaines sont sévères avec ce premier album, on lui reproche d’être mal fini, bâclé et mal enregistré.  

Quelle est l’évolution de ce mode de production ? Comment et pourquoi être le seul artiste de sa  propre œuvre ?  

Pour ce qui est du plus impressionnant, deux ans après l’exemple précédent, Mike Oldfield dévoile  Tubular Bells. Ici on est sur du rock symphonique, un sous-genre du rock prog avec une  instrumentation très variée et complexe. Il y a au total 274 overdubs, c’est-à-dire de pistes rajoutées,  pour presque 50 minutes de musique, principalement instrumentale, divisée en deux parties. Il y  joue la quasi-totalité des instruments, et notamment les tubular bells éponymes. La même année, il  y a aussi Todd Rundgren qui sort son troisième album Something/Anything? dans lequel, sur les  trois quarts du disque, il réalise à la fois l’instrumentation mais aussi, à la différence d’ Oldfield, la  production. Ce dernier va d’ailleurs impacter un artiste plus récent, qui va parfaitement coller au  sujet.  

Des années 1980 à 2000, les grands artistes multi-instrumentistes sont chronologiquement Prince  avec l’excellent Dirty Mind, à mon avis sous-estimé par rapport aux albums suivants. La vague de  l’alternatif est accompagnée par Trent Reznor, figure du projet indus Nine Inch Nails, Beck et son  Mellow Gold porté par un single, « Loser », enregistré dans la cuisine d’un pote, par Dave Grohl qui  comme McCartney se lance en solo, après la fin de Nirvana, avec un album fait maison. On peut  citer aussi PJ Harvey ou encore Anton Newcombe des Brian Jonestown Masssacre, qui  monopolisent plusieurs instruments, claviers, instruments à vents, dans leurs projets respectifs. 

Aujourd’hui c’est Kevin Parker et son projet Tame Impala qui illustre le plus le sujet. Sur ses quatre  albums de 2010 à 2020, partant du neo-psychedelia, notamment inspirés par Todd Rundgren, jusqu’au soft rock avec des touches disco, il pense, crée, joue et produit des morceaux parmi les plus  influents de la dernière décennie. La réalisation d’un album entier par un seul artiste est souvent  justifiée par les « limites » que représente le travail studio en groupe. Dans le cas où un compositeur  a une idée particulière sur un morceau, il peut être difficile de l’expliquer aux autres membres,  même avec des partitions. Il ne s’agira pas complètement de ce qu’il avait en tête et pour les artistes  étudiés, c’est quelque chose de très frustrant. Thoineau Palis avec son projet solo TH da Freak, dans  une configuration similaire avant 2018 et la participation en studio d’autres musiciens, évoque la «  méthode du dictateur » qui permet d’être la tête pesante exclusive d’un morceau ou d’un album.  

On retient donc que ces artistes sont d’abord multi-instrumentistes, généralement compositeurs et  paroliers mais surtout ils pensent la musique ici enregistrée et différencient cela de la musique jouée  en live ; il est difficile d’interpréter seul des morceaux très complets. Leur talent leur permet de jouer  tous les instruments d’une composition et ils sont alors les seuls « responsables ». De plus, si le DIY  (« do it yourself ») est très lié au son lo-fi, avec surtout R. Stevie Moore, on remarque que cela  apparaît aussi dans la musique « labellisée ».  

Récemment de nombreux projets hip-hop (par exemple, le terme lo-fi est aujourd’hui plus une  simplification de « lo-fi hip hop »; de la musique et des instrumentales fait maison qui se développent  énormément sur Youtube et Soundcloud), electro comme la vapor ou synthwave, sont réalisés par un  seul artiste. Pour ce qui est des genres proches de l’ambient, l’instrumentation est moins variée mais  reste excellente. L’un des exemples est le projet de Liz Harris, Grouper avec l’album Ruins de 2014,  enregistré en partie dans la province sud du Portugal ; on ressent les paysages de rivages, de villages  et de falaises dans un travail très personnel. Jenny Hval a produit Blood Bitch dans une optique  similaire ; il s’agit d’un excellent concept album de 2016 déjà évoqué dans le Tack n°2, influencé  par le fantastique et l’horreur.  

Aujourd’hui avec internet et notamment l’accès aux plateformes comme Bandcamp ou Soundcloud,  les projets solo se multiplient. Luna Li par exemple, a profité du confinement pour poster des  instrumentales complexes et variées sur Twitter ; harpe, solos de guitare avec chorus, claviers ou  encore violons, elles ont très largement tourné et illustrent l’apport pour les artistes de ce réseau  social. L’algorithme Youtube a aussi permis à des artistes indie d’émerger ; à force d’apparaître dans  les recommandations ou les contenus suggérés. C’est le cas du folk et psyche I Didn’t Know de  Skinshape (William Dorey). D’ailleurs le terme indie de par sa définition, peut aussi impliquer un  enregistrement et une production fait par un individu. Pour ce qui est de Soundcloud, c’est le  projet solo de Marie Ulven Ringheim, girl in red, qui a débuté avec le single « I Wanna Be Your  Girlfriend » fin 2016, single qui a rapidement atteint des milliers d’écoutes au bout de plusieurs  semaines.  

Pour conclure, les multi-instrumentistes ont d’abord enregistré des démos pour leur groupe avec  parfois une variété d’instruments joués; les exemples fondateurs étant Paul McCartney et Brian  Wilson. Dans les années 1970 le principe du « DIY » apparait comme une finalité à l’album et  même un élément qui le caractérise, comme pour Mike Oldfield qui est aujourd’hui réputé surtout  pour cela. A partir des années 1980 ce principe continue de circuler entre les genres pop mais c’est  néanmoins l’alternatif et l’indie qui y sont principalement associés. Depuis la fin des années 2000,  l’existence de divers logiciels a démocratisé la création musicale d’abord mais aussi l’utilisation  d’instrument variés: avec un clavier midi on peut réaliser des orchestrations ou jouer un son peu  commun de plus en plus réalistes et complexes. Les plate-formes déjà évoquées regorgent de travailleuses et de travailleurs qui repoussent toujours plus la créativité et ils ont la possibilité  d’exprimer le mieux possible ce qu’ils ont en tête.  

Kids Return, un film de Takeshi Kitano

par Heolruz

Takeshi Kitano n’est pas quelqu’un d’ordinaire, on a pu entendre sur des émissions de Radio France le qualificatif de « Patrick Sébastien français » mais ce n’est que pour comprendre sa position dans l’échiquier du petit écran japonais. Il est donc un super-producteur de jeux télévisés, de gag en tout genre mais son cinéma s’en éloigne beaucoup et pour des non japonais comme nous il n’est pas difficile de prendre son art au sérieux. La notion de renouveau intervient dans la vie de Kitano  le jour où il a connu un grave accident et perdu l’usage d’une partie de son corps. Cette paralysie n’a pourtant pas terni sa carrière d’acteur-réalisateur, ses tics dus à ce traumatisme le caractérise même sur scène. De plus on peut aussi le peut voir à l’écran dans Hana Bi. Il convient de rappeler que son père lui même, Kikujiro était  peintre. C’est ainsi un personnage aux capacités multiple et à la résonance unique que l’on peut voir  en tant qu’acteur dans le célèbre Merry Christmas Mr Lawrence de Nagisa Oshima au côté de David Bowie mais aussi dans des films les plus récents autour du titre Outrage (au singulier, Outrages  étant un autre excellent film de Brian de Palma). Kids Return sort sur les écrans en 1996, il suit A Scene at the Sea (qui est peut être encore en libre accès sur le site internet d’Arte) et surtout précède  Hana-Bi et L’été de Kikujiro, deux grands succès du réalisateur. Ce qui semble lier et que l’on retrouve dans de nombreux de ses films c’est une certaine nostalgie, une certaine destinée tragique sans beaucoup de tristesse.

Ses films ont une atmosphère particulière qui s’explique par la bande musicale qui accompagne ses  films jusqu’en 2002 (Dolls) qui n’est autre que Joe Hisaishi. Compositeur que l’on connaît surtout  pour ses bandes son sur les films Ghibli (que vous pourrez retrouver sur Netflix dès bientôt mais  surtout dans vos médiathèques et dans le secteur cinéma de la bibliothèque universitaire) et qui a  longtemps collaboré avec Takeshi Kitano. C’est ainsi que sur des musiques extraordinaires (il faut le dire) que le film se développe.  

C’est ainsi l’histoire de deux amis qui se retrouvent et se remémorent les années du lycée. Le  thème du film est assez léger même si paradoxalement tout ce qu’on y voit, toutes les relations sont  très violentes, très abruptes. Il y a un parfum de nostalgie qui imprègne le film, on suit par  conséquent Masaru et Shinji dans un monde qui n’est pas le leur, dans une quête de liberté totale  face aux diverses institutions, aux diverses forces qui les entourent. Au sein de cette école, dans la  cour, sur le toit, au pied des escaliers, mais jamais ensemble en classe, où ils s’ennuient  terriblement. Ils sont des petits voyous, accumulant les méfaits jusqu’à paraître irrécupérables aux  yeux de leurs professeurs, de toute une partie de la société. C’est alors qu’ils rentrent dans un club de boxe qui va bouleverser leur petite vie de brigantin, Shinji et Masaru tentent de faire carrière dans un premier temps. Cette petite vie résultant d’échecs et d’éternels recommencement se tourne  vers une lueur d’espoir pour les deux amis. Pourtant au bout du compte, alors que les deux jeunes  hommes se séparent pour atteindre un sommet sportif pour l’un et une place dans la pègre japonaise  pour l’autre, ils vont à nouveau déchanter et se retrouver. La vie dans ce film n’est qu’un éternel recommencement, un renouveau qui se fait au gré des expériences, heureusement Kids Return n’est  pas un film triste, c’est un ode à la jeunesse, un formidable film d’amitié réciproque, un film d’amour en soi. Une ode qui hôte des épaules de Shinji et de Masaru le poids de la vie, le poids du travail, et  permet à ce film de n’être qu’une longue balade paisible à vélo.  

Chang-dong Lee, Burning 2018

par Heolruz

Chang-dong Lee est un personnage au parcours atypique qui n’a découvert le cinéma en tant que producteur qu’à l’âge de 40 ans. Pour autant cette tardive rencontre avec ce milieu n’est pas un point faible. En effet, avant d’être producteur, Chang-dong Lee est un écrivain de renom en Corée du Sud. Il est un auteur à succès,  et cette qualité d’écriture se retrouve dans les œuvres qu’il nous propose, que ce soit dans ses romans ou bien ses longs-métrages : sa qualité narrative est indéniable. La puissance de son cinéma réside dans plusieurs aspects. En premier lieu : son enfance, ses études et son rapport à la société coréenne durant ses années universitaires font de lui un fervent militant contre la dictature et notamment le régime militaire qu’il a vécu en Corée du Sud dans les années 1980. Ses œuvres se teintent donc d’abord d’une critique plus ou moins évidente des institutions et des dynamiques sociétales de la société coréenne en elle-même. Ensuite, Chang-dong Lee donne à ses personnages des sentiments très particuliers, ils sont souvent en proie à une double solitude, celle d’abord de la solitude sociale due à des ruptures familiales, amoureuses. Les rapports sont difficiles, contraints. La solitude devient ainsi double, elle pénètre le personnage et on retrouve beaucoup de tristesse et de culpabilité sans pour autant négliger le fait que ses personnages sont remplis d’espoir, ils avancent sans cesse sans pour autant savoir réellement où ils vont. 

Son premier succès est Green Fish en 1997, sa carrière décolle ensuite avec Peppermint Candy en 1999 – les deux films sont des œuvres qui critiquent de manière explicite la criminalité et les séquelles  engendrées par la période de junte militaire, notamment dans Peppermint Candy. Nous nous intéresserons à un film plus récent qui a eu un succès assez important : Burning sorti en salle en 2018 et qui est un film tellement particulier, tellement réussi, et qui d’une certaine manière annonce les  prémisses sous plusieurs angles de la réussite d’un certain autre film coréen récompensé internationalement – Parasite (sorti en 2019) de Bong Joon Ho. 

Burning est tiré de la nouvelle Les Granges Brûlées (parue 1983) de l’auteur japonais Haruki Murakami qui est connu essentiellement en occident pour Kafka sur le rivage (paru en 2002) ou Underground (paru en 1998) – oeuvre qui est une suite d’interviews de survivant.e.s de l’attentat de Tokyo en 1995 par la secte Aum. Chang-dong Lee s’entoure pour ce film de Joon-dong Lee, un producteur, avec qui il a déjà travaillé sur deux films (Oasis en 2002 et Poetry en 2010) mais surtout du directeur photographique Kyung-pyo Hong qui est déjà très apprécié et dont le travail est reconnu en Corée du Sud avec sa participation au très bon film Mother (sorti en 2009) et Snowpiercer (sorti en 2016) de Bong-joon Ho ; mais aussi de The Strangers (sorti en 2016) de Hong-jin Na, un film très étonnant et très plaisant autour du genre fantastique, du drame et de l’épouvante. On remarque à travers ces trois films (il a participé a bien d’autres films) une progression ou au minimum, une transformation de sa méthode photographique. Kyung-pyo Hong a démontré qu’il était fait pour les films de différents calibres et de thèmes divers, l’image qu’il est capable de proposer dans Burning se rapproche dans la qualité et la méthode, de celle qu’il a proposé dans The Strangers et que l’on verra dans Parasite puisque c’est lui qui va occuper le rôle de directeur photographique. Chang-dong Lee s’est donc bien entouré pour faire ce film, avec un environnement compétent fait de connaissances et de virtuoses en art (que ce soit au niveau de l’image qu’au niveau du son puisque la bande sonore est très réussie également), il ne reste maintenant plus qu’à dérouler le film. 

Jong-Soo est un jeune homme occupé dans de petits emplois précaires, il se lie avec Hae-Mi une ancienne connaissance. Lorsque celle-ci rentre d’un voyage au Kenya, elle est accompagnée de Ben, un jeune homme charmant et très riche (bien plus que Jong-Soo). Ben a un secret qu’il dévoile très vite à Jong-Soo, celui de brûler des serres comme passe-temps. Dès lors commence une histoire particulière où les caractères de trois personnages vont tenter de s’affirmer, les liens qu’ils unissent se brisant, se renouant tantôt. La géographie est assez singulière, on alterne entre une petite chambre dans un quartier sur les hauteurs de Séoul puis dans une villa luxueuse avant de se rendre à la campagne où les racines des personnages s’ancrent plus ou moins bien avec leurs souvenirs passés. Chang-dong Lee dépeint sans doute le sentiment ardent qu’espèrent les coréen.ne.s : celui du changement politique – contexte de la révolution des bougies en 2016 qui a renversé la présidente Geun-hye Park. Lui-même a été ministre de la Culture en 2003/2004 et ce thème autour des flammes, du brasier et de la combustion n’est sans doute pas un message hasardeux. Les rapports sociaux sont eux-mêmes abordés, qu’ils soient immatériels avec les difficultés à se comprendre entre personnages, ou matériels où la critique des inégalités économiques est criante. Il en ressort ce triangle amoureux qui a lieu presque par la force des choses. Animés de dynamiques et de buts très opposés, l’alchimie se réalise tout de même autour de plusieurs thèmes comme la recherche du bonheur, de sa place dans le monde, l’amour ou encore la folie. On ne regrettera pas que les personnages soient stéréotypés, Burning est comme beaucoup de films coréen un film multigenre. L’histoire est globale et à la fois personnelle, elle est à la fois dramatique et policière sans que ça soit vraiment le cas. De manière anachronique, ce film est plus noir que Parasite, c’est peut-être le léger défaut que l’on peut trouver, la comédie est peu présente et elle est montrée comme étant une phase dérangeante, gênante à voir. Néanmoins, ce film annonce en quelque sorte le succès de Parasite, un film multigenre, un film typiquement coréen sur ses aspects sociaux, l’épanouissement d’un directeur photographique formidable, et on espère encore voir des films de ce calibre dans les mois et les années qui viennent. 

Le court-métrage que je vous propose ce mois-ci est Beautiful New Bay Area Project (sorti en 2013) de Kiyoshi Kurosawa. Réalisateur à la filmographie fournie, ce court-métrage est encore une curieuse œuvre qui a pour but de faire travailler nos neurones. Une dockeuse travaille sur un chantier sur un quai du port, lorsqu’un jeune héritier richissime en quête de réaliser son projet immobilier fait sa “rencontre” (je mets entre guillemets, car on ne peut pas appeler ça une véritable rencontre normale). Le jeune homme joue de sa position économique avantageuse, mais elle refuse ses questions. Vexé, il lui vole son badge utile au travail et s’enfuit. Yokô décide alors d’aller le récupérer peu importe les moyens face à un freluquet déraisonné.

Gabbeh , un film de Mohsen Makhmalbaf

critique par Heolruz

Difficile est la définition du travail. D’abord au cinéma mais surtout dans tout l’art puisqu’il est difficile d’associer à un peintre les grands efforts qu’il entreprend pour faire ses tableaux. Ce que j’entends par cette difficulté de définition c’est que l’on s’imagine le pinceau de l’artiste voguer naturellement sur la toile. Comme si, sans aucun effort, l’artiste parvenait à contrôler ses gestes. On résume seulement la toile et sa beauté à un unique produit du génie humain. Plus largement nous ne voyons dans les œuvres des artistes (qu’elles soient cinématographiques ou d’un autre domaine de l’art) que le résultat final. Nous ignorons tout du processus et du travail qui a été accompli, nous ignorons tout des épreuves et des problématiques qui ont été résolues. Si l’on avait conscience des efforts produits pour réaliser de tels résultats, si on les célébrait à leur juste valeur alors sans doute l’Humanité en sortirai grandie. Néanmoins la société dans laquelle nous vivons accorde une place plus importante au produit qu’au processus. La consommation à outrance des biens du capitalisme (dont les films font entièrement partie) n’a pas attiré l’œil du grand public sur le travail fourni et réalisé mais seulement sur celui achevé et poli. Pour raccrocher le sujet du travail au film que je vais vous présenter, je vais reprendre le personnage du peintre. Celui-ci pour réaliser ses tableaux, ses dessins, à besoin de couleurs qui sont présentes dans la nature, mais aussi d’un savoir, d’une maîtrise qui se transmet par les âges. Ainsi voici Gabbeh un film qui s’intéresse à la transmission de ce tapis traditionnel éponyme (gabbeh), un héritage particulier en Perse.

Sorti en 1996, c’est un film iranien de Mohsen Makhmalbaf, à cette époque le réalisateur est très populaire en Iran. Il a réalisé de nombreux films mais aussi joué dans Close-Up (de 1990), œuvre qui est tirée d’un fait divers où un jeune homme se fait passer pour Mohsen Makhmalbaf lui-même afin de vivre plus que dignement. Ce film est réalisé par l’autre grand réalisateur iranien du moment, Abbas Kiarostami (il faut voir Le Goût de la Cerise sorti 1997). Mohsen Makhmalbaf n’a pas le regard tourné vers le grand écran puisqu’il est écrivain. Partisan de la république islamique et opposé au Shah d’Iran, à sa chute il publie deux romans puis se tourne vers le cinéma. Bien qu’il incarne totalement les valeurs du régime, Mohsen Makhmalbaf découvre en visionnant aux archives nationales, l’existence d’œuvres et de travaux qui bouleversent alors sa vision des choses. Il devient dès lors un des critiques du régime. Et il peut se le permettre (l’Iran ne connaîtra qu’un virage autoritaire qu’autour des années 2000) puisque dès 1987 avec Le Camelot, il rencontre un grand succès et acquiert une certaine notoriété dans l’espace public iranien. Gabbeh est pour autant l’une de ses premières œuvres qui connaît une reconnaissance internationale. Et il s’en suivra avec Mohsen Makhmalbaf de très bons films tels que Le Silence (en 1998) ou Le Tableau noir  sorti en 2000 (film réalisé par sa fille, Samira Makhmalbaf et produit par Mohsen et sa société), ce dernier sera récompensé au festival de Cannes. Les succès de la fin des années 1990 cachent néanmoins le désengagement de l’État iranien auprès du cinéma et l’immiscion de plus en plus grande des investissements privés.

Le film Gabbeh fait référence à un tapis persan, c’est un film très coloré. Par définition les tapis persans le sont, ils possèdent toutes sortes de couleurs mais il en existe de nombreux types. Tout comme les tapis ottomans, ils sont faits avec un savoir artisanal très développé et très pointu. On y représente uniquement des formes (en Iran, la religion n’admet pas de représentation humaine) et sont faits avec des tissus précieux. Celui que nous avons dans ce film n’a pas pour vocation d’être vendu, mais d’être donné en héritage. Le tapis est un objet important dans la communauté nomade persane que nous suivons. De plus, il est tout à fait rustique, il n’est pas précieux au sens pécuniaire. Ce sont leur tradition, ils tissent dessus des formes aussi bien humaines qu’animales et représentent des étapes dans la vie des habitant.e.s de la communauté. Par exemple pour un mariage, une naissance, un deuil… Il est doublement important puisqu’il incarne aussi dans ce film une femme qui recherche à tout prix un mari, celle-ci est littéralement dans le « gabbeh », elle est le « gabbeh » et apparaît suite aux discussions où un vieux couple de la région se remémore les souvenirs de leur vie passée. Débute alors une longue histoire d’amour et on comprend vite que ce qui n’était pour nous qu’un simple tapis coloré représente un pan de l’histoire perse. Ces histoires qui s’entremêlent dans une nature traversée par ces peuples nomades célèbrent une vie qui se déroule au rythme des voyages et des quelques rencontres. Ainsi l’oncle apprend aux jeunes enfants ce que la nature apporte, et en cueillant les fleurs aux couleurs primaires il permet à tous de nous rappeler ce qu’est réellement l’éternité. On peut ainsi saisir que le « gabbeh » n’est pas seulement un objet utile mais aussi un savoir, un travail qui possède en lui une âme et le labeur de tout une vie. 

Pour conclure, le cinéma iranien ne se résume absolument pas à seulement Mohsen Makhmalbaf et Abbas Kiarostami bien qu’ils réalisent et réalisaient encore de belles œuvres comme Le Président (en 2015) ou Like Someone In Love (en 2012). Et on connaît sans doute bien mieux Marjane Satrapi, auteure, dessinatrice et réalisatrice, notamment pour Persepolis (en 2007). Il existe pour le cinéma iranien également un cinéma de court-métrage et je pense qu’il est tout à fait intéressant de visionner Hommage aux professeurs (sorti en 1977) d’Abbas Kiarostami qui s’intéresse au dévouement des personnels de l’enseignement, du travail fourni et des efforts produits dans des conditions difficiles.

D’une nostalgie « projetée » à une nostalgie « réelle », la musique comme objet d’une époque.

par Hugo Verdier

Le confinement a ouvert une étrange faille vers le passé et une vague de souvenirs pour notre génération, c’est les années 2000 qui semblent ressurgir – à l’heure où j’écris, Jena Lee a annoncé son retour et Helmut Fritz est déjà revenu. Cela m’a intéressé, je vais donc vous parler, sans partir trop loin et sans jouer les boomers, de cette nostalgie qu’on peut ressentir avec la télé, sur internet, avec la mode mais surtout ici la nostalgie que nous transmet la musique. Je vais évidemment prendre mon expérience personnelle comme source et avec ça j’ai interprété la présence de deux nostalgies : une nostalgie « réelle » avec la musique de notre enfance et une nostalgie « projetée », où l’on ressent la nostalgie d’une époque précédant notre naissance. Ce parcours musical il dépend donc évidemment de ma génération, de la place de la musique dans ma famille et à mon accès plus ou moins facilité à la musique. J’aime bien l’idée de déterminer trois périodes:

Image from @mixedhunty

1) Premièrement, la musique comme un plus, durant l’enfance. On l’écoute principalement avec la radio, la télé ou grâce à nos proches plus âgés.

2) Ensuite, l’adolescence marque une période de prise en main où on cherche à trouver sa propre musique qui prend de l’importance, nous accompagne quand on l’écoute de nous-même et seul. Pour moi l’objectif était carrément de se différencier de la musique du présent. Internet permet de s’ouvrir à des nouveaux genres et styles, notamment ce qui ne passe pas dans les radios standards. Dans mon cas il s’agit du classic rock avec d’abord Nirvana, Pink Floyd, AC/DC, ou encore les Beatles et les Stones, qui sont ainsi les clichés quand on veut s’éloigner de la « pop si commerciale ».

3) Une troisième période qui est en fait la synthèse des deux précédentes. On poursuit la découverte de nouveaux styles et parfois de plus en plus non-radiofriendly. Mais en parallèle on comprend l’évolution de la musique pop et on redécouvre ainsi celle de notre enfance : c’est là qu’il y a une nostalgie musicale qui fait son apparition, quand Crazy Frog retenti par exemple.

J’ai ressenti aussi de la nostalgie musicale dans ma « deuxième période » mais elle n’était qu’une projection. En voulant me différencier, je finis par rejeter la musique du présent si « simple et artificielle » que je généralise, à tort. Je sacralise la musique du XX° siècle et m’imagine à ces décennies; je ressens la nostalgie d’une musique enregistrée 30 ans avant ma naissance (je garde le sujet « la musique c’était mieux avant » pour un autre numéro mais là aussi il y a beaucoup à dire). Il faut faire attention avec cette fausse nostalgie, déjà parce qu’il est trop simple d’appeler à revenir à une décennie plus ancienne juste pour la musique; il ne faut pas oublier le contexte sociale et économique globale et entier. Moi en temps que musicien, je rêve de revenir dans les années 60 pour l’ambiance du studio avec les prises à répétition et les sons inimitables (aka la voix de Lennon sur Tomorrow Never Knows) et pour peut-être avoir le prestige de marquer la musique à jamais.

Cette nostalgie j’ai rapidement compris qu’elle n’était pas si justifiée que cela. Le présent m’offre la possibilité d’écouter beaucoup plus de musiques, d’avoir une culture musicale plus riche, qu’il y a 30 ans. Ainsi cette troisième période est marquée par la redécouverte de mon présent et surtout la compréhension que tout n’est pas centré sur la radio et la télé. Tous les styles depuis les années 50 connaissent aujourd’hui leur prolongement, leur version moderne: le psyché avec Tame Impala ou Temples, le post-punk avec Rendez-Vous, la soul avec Childish Gambino ou encore le jazz fusion avec Kamasi Washington.

Avant je me refusais à écouter ce qui datait d’après les années 1990, puis ensuite les années 2000 et rapidement la nostalgie a fait son apparition avec l’album Oracular Spectacular d’MGMT comme commencement. C’est les souvenirs des singles passant dans la voiture, du clip effrayant de Kids, qui refont surface. Aujourd’hui je n’aime pas spécifiquement un album pour sa date de sortie mais pour son style, pour ce qu’il dégage. Effectivement l’année de production importe mais elle ne sert qu’à contextualiser un tout.

Les sujets évoqués seront évidemment développés dans un prochain article, sur un thème adéquat. En attendant je vous laisse avec une playlist qui met en relation les deux formes de nostalgies décrites : https://open.spotify.com/playlist/07q9cS1mp1P7D6aBdh0xEy?si=sgyveqy3 RzOEPWxn_m-AlA

La Grèce, le pays du souvenir.

par Pierre Chenoune-Liraud

Riche d’une histoire qui constitue pour beaucoup l’Histoire, la Grèce est incontestablement une des plus anciennes civilisations de notre monde. En ces terres d’Europe du Sud-Est qui virent naître la démocratie, partez à la rencontre des souvenirs indélébiles que porte la Grèce en elle.

En vous rendant en sa capitale, Athènes, tirant son nom de la déesse de la guerre Athéna, enivrez-vous d’émotions en découvrant l’Acropole, le Parthénon, l’Erechthéion, le Propylées et tous les restes de temples et édi- fices qui, aux temps jadis, composaient le cœur de la cité d’Athènes. Devant ces immenses restes, ces impressionnantes pierres vieilles de plusieurs millénaires qui ont connu les religions grecques, la naissance du christia- nisme, judaïsme et de l’islam, la découverte de l’Amérique, la révolution française, la philosophie des Lumières, la colonisation, les guerres mon- diales, la naissance d’internet, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, le covid-19, et qui aujourd’hui vous voient vous, les yeux en l’air, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, conscient de la petitesse que vous représentez face à ces monuments d’autrefois qui, vous le savez, vous survivront.

Poursuivant votre visite, allez au musée d’Athènes, dans lequel vous découvrirez avec précision comment vivaient les athéniens et grecs, dans un monde où la Grèce était le berceau du savoir du vieux continent. Dé- couvrez-y la culture grecque qui, encore aujourd’hui, conserve bien des mystères que moult historiens cherchent à percer. Voyez les nombreuses reconstitutions de la capitale d’il y a trois mille ans, les sépultures conser- vées, les armes, vêtements, sculptures … qui vous donneront l’impression d’y avoir vécu.

Puis, partez de l’autre côté du pays, à Delphes, ville historique grecque entourée par les montagnes et en laquelle les grecs avaient considéré que se trouvait le centre du monde.

Vous vous rendrez au célèbre théâtre antique de Del- phes, puis irez à la rencontre des restes des temples grecs dont la construction remonte à l’antiquité et au sein d’un desquels (le temple d’Apollon) se trouvait la Pythie, c’est- à-dire l’Oracle de Delphes, que les habitants de la ville ve- naient quérir une fois par an de réponses que les dieux donnaient à leurs questions.

Ces lieux, aujourd’hui constitués de ruines, seule- ment animés par les touristes qui, jadis abritaient une des cités les plus importantes de Grèce, vous sauront rappe- ler ô combien le temps emporte avec lui bien plus que les Hommes, car c’est la vie tout entière qui disparaît sous ses ravages.

Après toutes ces découvertes, sonnera la fin du voyage et le commencement d’une nostalgie prenante, celle d’un voyage fait en la terre du souvenir.

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