D’une nostalgie « projetée » à une nostalgie « réelle », la musique comme objet d’une époque.

par Hugo Verdier

Le confinement a ouvert une étrange faille vers le passé et une vague de souvenirs pour notre génération, c’est les années 2000 qui semblent ressurgir – à l’heure où j’écris, Jena Lee a annoncé son retour et Helmut Fritz est déjà revenu. Cela m’a intéressé, je vais donc vous parler, sans partir trop loin et sans jouer les boomers, de cette nostalgie qu’on peut ressentir avec la télé, sur internet, avec la mode mais surtout ici la nostalgie que nous transmet la musique. Je vais évidemment prendre mon expérience personnelle comme source et avec ça j’ai interprété la présence de deux nostalgies : une nostalgie « réelle » avec la musique de notre enfance et une nostalgie « projetée », où l’on ressent la nostalgie d’une époque précédant notre naissance. Ce parcours musical il dépend donc évidemment de ma génération, de la place de la musique dans ma famille et à mon accès plus ou moins facilité à la musique. J’aime bien l’idée de déterminer trois périodes:

Image from @mixedhunty

1) Premièrement, la musique comme un plus, durant l’enfance. On l’écoute principalement avec la radio, la télé ou grâce à nos proches plus âgés.

2) Ensuite, l’adolescence marque une période de prise en main où on cherche à trouver sa propre musique qui prend de l’importance, nous accompagne quand on l’écoute de nous-même et seul. Pour moi l’objectif était carrément de se différencier de la musique du présent. Internet permet de s’ouvrir à des nouveaux genres et styles, notamment ce qui ne passe pas dans les radios standards. Dans mon cas il s’agit du classic rock avec d’abord Nirvana, Pink Floyd, AC/DC, ou encore les Beatles et les Stones, qui sont ainsi les clichés quand on veut s’éloigner de la « pop si commerciale ».

3) Une troisième période qui est en fait la synthèse des deux précédentes. On poursuit la découverte de nouveaux styles et parfois de plus en plus non-radiofriendly. Mais en parallèle on comprend l’évolution de la musique pop et on redécouvre ainsi celle de notre enfance : c’est là qu’il y a une nostalgie musicale qui fait son apparition, quand Crazy Frog retenti par exemple.

J’ai ressenti aussi de la nostalgie musicale dans ma « deuxième période » mais elle n’était qu’une projection. En voulant me différencier, je finis par rejeter la musique du présent si « simple et artificielle » que je généralise, à tort. Je sacralise la musique du XX° siècle et m’imagine à ces décennies; je ressens la nostalgie d’une musique enregistrée 30 ans avant ma naissance (je garde le sujet « la musique c’était mieux avant » pour un autre numéro mais là aussi il y a beaucoup à dire). Il faut faire attention avec cette fausse nostalgie, déjà parce qu’il est trop simple d’appeler à revenir à une décennie plus ancienne juste pour la musique; il ne faut pas oublier le contexte sociale et économique globale et entier. Moi en temps que musicien, je rêve de revenir dans les années 60 pour l’ambiance du studio avec les prises à répétition et les sons inimitables (aka la voix de Lennon sur Tomorrow Never Knows) et pour peut-être avoir le prestige de marquer la musique à jamais.

Cette nostalgie j’ai rapidement compris qu’elle n’était pas si justifiée que cela. Le présent m’offre la possibilité d’écouter beaucoup plus de musiques, d’avoir une culture musicale plus riche, qu’il y a 30 ans. Ainsi cette troisième période est marquée par la redécouverte de mon présent et surtout la compréhension que tout n’est pas centré sur la radio et la télé. Tous les styles depuis les années 50 connaissent aujourd’hui leur prolongement, leur version moderne: le psyché avec Tame Impala ou Temples, le post-punk avec Rendez-Vous, la soul avec Childish Gambino ou encore le jazz fusion avec Kamasi Washington.

Avant je me refusais à écouter ce qui datait d’après les années 1990, puis ensuite les années 2000 et rapidement la nostalgie a fait son apparition avec l’album Oracular Spectacular d’MGMT comme commencement. C’est les souvenirs des singles passant dans la voiture, du clip effrayant de Kids, qui refont surface. Aujourd’hui je n’aime pas spécifiquement un album pour sa date de sortie mais pour son style, pour ce qu’il dégage. Effectivement l’année de production importe mais elle ne sert qu’à contextualiser un tout.

Les sujets évoqués seront évidemment développés dans un prochain article, sur un thème adéquat. En attendant je vous laisse avec une playlist qui met en relation les deux formes de nostalgies décrites : https://open.spotify.com/playlist/07q9cS1mp1P7D6aBdh0xEy?si=sgyveqy3 RzOEPWxn_m-AlA

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